Comparer des Bilans Carbone® : quelles limites, quels usages ?

1. Pourquoi la comparaison entre acteurs est-elle complexe ?
1.1. Des périmètres organisationnels et temporels variables
La principale difficulté réside dans les périmètres choisis. Chaque organisation définit son périmètre selon ses propres critères : certaines incluent des filiales, d'autres non, et certaines privilégient un contrôle opérationnel, d'autres financier. Par exemple, deux communes de taille similaire peuvent avoir des périmètres radicalement différents, selon qu'elles intègrent ou non les services délégués ou les déplacements des habitants liés aux équipements communaux.
Les différences de périmètre opérationnel sont également majeures. La réglementation française impose un Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES), qui classe les émissions en six catégories. Alors que certaines organisations couvrent l'ensemble de ces catégories, d'autres se limitent aux émissions directes et indirectes liées à l'énergie. Le périmètre temporel joue également un rôle : les années de référence et les événements exceptionnels influencent les résultats.
1.2. Des hypothèses méthodologiques et facteurs d'émissions hétérogènes
Les facteurs d'émissions utilisés varient d'une organisation à l'autre. Différentes bases de données (Base Empreinte®, ecoinvent®) peuvent produire des résultats différents. Le choix des hypothèses de calcul, selon les prestataires et leur niveau méthodologique, introduit de la variabilité. Certains bureaux d'études utilisent des facteurs moyens, tandis que d'autres collectent des données primaires pour affiner leurs résultats. Le degré de maturité de l'organisation influe également sur la qualité du bilan. Un premier bilan, réalisé avec des données partielles, peut difficilement être comparé à un bilan effectué par une organisation expérimentée avec des systèmes de collecte robustes. La version 9 du Bilan Carbone®, entrée en vigueur en 2025, introduit des niveaux de maturité pour mieux prendre en compte cette variabilité.
1.3. Une comptabilité carbone non fermée : des responsabilités partagées et des enjeux de traçabilité
Les périmètres des Bilans Carbone® ne sont pas fermés, et une même émission peut apparaître dans plusieurs bilans. Prenons l'exemple d'un ordinateur acheté par une organisation. Cette acquisition génère des émissions comptabilisées dans la catégorie "achats de biens" de l'acheteur, qui dispose de leviers d'action comme le choix de matériel reconditionné ou la prolongation de la durée de vie des équipements. Ces mêmes émissions figurent également dans le bilan du fabricant, qui peut agir sur l'écoconception, l'efficacité énergétique de ses sites de production ou le recours aux énergies renouvelables.
Cette superposition des responsabilités montre que comparer les bilans entre eux perd son sens : chaque acteur a un rôle à jouer, et c'est l'action coordonnée qui permettra de réduire les émissions globales.
2. Quand et comment la comparaison peut-elle devenir pertinente ?
2.1. Situer son organisation grâce aux benchmarks sectoriels
Bien que la comparaison brute soit limitée, certaines approches peuvent être utiles. Les benchmarks sectoriels publiés par l'ADEME sur son portail de données ouvertes offrent des repères pour situer son organisation dans un contexte plus large. Ces références fournissent des ordres de grandeur qui permettent de mieux comprendre les spécificités d'un secteur : intensité carbone moyenne, principaux postes d'émissions, leviers d'action prioritaires. Ces données sectorielles constituent un premier niveau de comparaison, à condition de les interpréter comme des repères et non comme des objectifs absolus. Elles permettent d'identifier des écarts significatifs et d'orienter les priorités d'action.
2.2. Utiliser des indicateurs d'intensité carbone normalisés
Les ratios d'intensité carbone constituent une piste intéressante pour relativiser les résultats. En rapportant les émissions totales à des indicateurs comme l'équivalent temps plein (tCO2e/ETP), le chiffre d'affaires (tCO2e/€), ou la surface (tCO2e/m²), ces ratios facilitent la comparaison entre organisations de tailles différentes. Ils sont particulièrement utiles dans le cadre des exercices de reporting normés, comme ceux imposés par la directive CSRD,qui harmonisent les méthodologies de calcul. Ces indicateurs permettent également de suivre l'évolution de l'intensité carbone dans le temps, en mesurant la décarbonation par unité d'activité.
2.3. Comparer des trajectoires de décarbonation plutôt que des états
Au-delà de la comparaison des émissions absolues ou des intensités carbone, la comparaison des trajectoires de décarbonation peut s'avérer plus pertinente. Évaluer les taux de réduction annuels, l'alignement avec les objectifs scientifiques (SBTi, Accord de Paris, Stratégie Nationale Bas-Carbone) et la cohérence des plans d'action permet de mesurer la dynamique de transformation.
Cette approche met l'accent sur la trajectoire plutôt que sur l'état initial, reconnaissant que chaque organisation part de situations différentes mais peut viser des ambitions comparables. Elle permet également d'identifier les organisations leaders en matière de transformation et de s'inspirer de leurs pratiques.
3. Le véritable enjeu : piloter sa propre transformation
3.1. Un outil de diagnostic et de pilotage stratégique
Le Bilan Carbone® est avant tout un outil de diagnostic et de pilotage de la transition, pas un outil de classement. Son objectif principal est d'identifier les leviers d'action permettant de réduire l'empreinte carbone d'une organisation et de construire un plan de transition adapté à ses spécificités. En identifiant les postes d'émissions les plus importants, il aide à définir des priorités, à arbitrer les investissements et à suivre la mise en œuvre des actions. Il devient ainsi un outil central de gestion et de transformation durable.
3.2. Construire une logique d'amélioration continue à périmètre constant
La véritable valeur du Bilan Carbone® réside dans la logique d'amélioration continue. En comparant les résultats d'une année sur l'autre, à périmètre constant, une organisation peut mesurer l'efficacité de ses actions et ajuster sa stratégie. Cette approche permet d'ancrer la stratégie climat dans les réalités opérationnelles de l'organisation.
La reproductibilité méthodologique et la traçabilité des hypothèses constituent des prérequis essentiels pour garantir la fiabilité de cette comparaison temporelle. Les outils de collecte de données structurés et les indicateurs de suivi permettent de construire une stratégie climat sur mesure, en phase avec les ambitions et spécificités de chaque organisation.
3.3. S'aligner sur des objectifs climatiques scientifiques
Au-delà du suivi annuel, le Bilan Carbone® permet de construire des trajectoires alignées sur les objectifs climatiques globaux : Accord de Paris, Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC), ou trajectoires SBTi. Il devient alors un socle pour structurer et piloter les politiques climat, identifier les postes prioritaires et orienter les investissements. La version 9 du Bilan Carbone®, entrée en vigueur en 2025, met l'accent sur la mobilisation des parties prenantes et l'intégration du plan de transition au cœur de la démarche. Cette évolution permet de mieux prendre en compte les interactions et les responsabilités partagées dans la transition carbone des organisations.
OuiACT, habilité sur la version 9 du Bilan Carbone®, garantit la reproductibilité des bilans à périmètre constant et la traçabilité méthodologique. Nos outils propriétaires de collecte de données et nos indicateurs de suivi sont conçus pour construire une stratégie climat sur mesure, en phase avec les ambitions et spécificités de chaque organisation.
Conclusion
La comparaison brute entre Bilans Carbone® présente des limites méthodologiques significatives. Les différences de périmètres, d'hypothèses et de niveaux de maturité rendent l'exercice délicat. Lorsqu'elle est utilisée avec précaution, via des benchmarks sectoriels, des indicateurs d'intensité normalisés ou des trajectoires de décarbonation, elle peut fournir des repères utiles.
Le véritable enjeu réside toutefois dans la capacité à faire du Bilan Carbone® un outil de pilotage pour sa propre transition, permettant à chaque organisation de mesurer sa progression, d'ajuster sa stratégie climat et de s'inscrire dans une dynamique de transformation durable.
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