Réemploi des matériaux de construction : enjeux et opportunités pour les territoires

1. Les enjeux du réemploi dans la construction : ce que le territoirire a à y gagner
Un levier d'économie circulaire locale à part entière
Le réemploi des matériaux de construction, qui consiste à récupérer des éléments issus d’un chantier (portes, cloisons, briques etc.) pour les utiliser à nouveau, sans les transformer en déchets ni les recycler, produit des effets qui vont bien au-delà de la simple réduction des volumes de déchets. En maintenant les matériaux en circulation à l'échelle locale, il crée les conditions d'une économie de proximité : les flux de matériaux qui partaient vers l'enfouissement ou le recyclage lointain peuvent alimenter des acteurs locaux (ressourceries du bâtiment, artisans spécialisés dans la dépose soignée, plateformes de redistribution, etc.) qui transforment ces gisements en ressources accessibles et peu coûteuses pour d'autres maîtres d'ouvrage. Le résultat est une réduction des achats de matériaux neufs et une moindre dépendance aux matières premières importées.
Sur le plan environnemental, l'impact est également significatif. Éviter la production d'un matériau neuf, c'est éviter les émissions de CO₂, associées à son extraction, et la pression sur les ressources. Ainsi, pour les collectivités engagées dans un Plan Climat-Air-Énergie Territorial (PCAET), le réemploi constitue ainsi un levier de réduction des émissions indirectes du territoire, souvent les plus difficiles à atteindre.
Un potentiel de création d'emplois non délocalisables
Le réemploi est par nature une activité ancrée dans le territoire : la dépose soignée des matériaux, leur transport, leur reconditionnement, leur stockage et leur redistribution ne peuvent pas être délocalisés. Les études menées dans le cadre de projets territoriaux montrent que la structuration d'une filière locale de réemploi génère des emplois dans des secteurs qui recrutent : le BTP, la logistique et l'économie sociale et solidaire. Ces emplois s'adressent à des profils variés, y compris peu qualifiés, et s'inscrivent dans une dynamique d'insertion professionnelle que les collectivités peuvent soutenir directement via leurs marchés publics.
En ce sens, la filière réemploi rejoint les objectifs portés par les clauses sociales d'insertion et les Programmes Locaux pour l'Insertion et l'Emploi (PLIE), offrant un débouché concret à des chantiers d'insertion dans le secteur du bâtiment.
Un cadre réglementaire qui crée de nouvelles obligations et de nouvelles opportunités
Deux dispositifs issus de la loi AGEC (n°2020-105 du 10 février 2020) structurent aujourd'hui le paysage réglementaire du réemploi dans la construction.
Le premier est le diagnostic PEMD (Produits, Équipements, Matériaux et Déchets), instauré par le décret n°2021-821 et applicable depuis le 1er juillet 2023. Il remplace l'ancien diagnostic déchets avant démolition et impose désormais aux maîtres d'ouvrage d'identifier, en amont de toute démolition ou rénovation significative de plus de 1 000 m², les matériaux susceptibles d'être réemployés, réutilisés ou recyclés, et de préconiser les filières adaptées.
Le second est la filière REP PMCB (Responsabilité Élargie du Producteur pour les Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment), opérationnelle depuis 2023. Quatre éco-organismes agréés déploient des appels à projets (mentionnés ci-dessous) pour soutenir les chantiers de réemploi, des soutiens aux opérateurs locaux et la création de zones de réemploi sur les points de reprise. Pour une collectivité, disposer d'un diagnostic territorial à jour est un avantage direct pour répondre à ces appels à projets et positionner des acteurs locaux comme partenaires prioritaires des éco-organismes.
2. Le diagnostic territorial : de quoi s'agit-il et comment se déroule-t-il ?
Une étude stratégique à l'échelle du territoire
Le diagnostic PEMD mentionné plus haut est un outil opérationnel, centré sur un bâtiment ou un projet précis. Le diagnostic territorial en est la déclinaison stratégique, menée à l'échelle d'un bassin de vie, d'une intercommunalité ou d'un département. Son objectif est de cartographier l'ensemble des gisements potentiels de matériaux issus des opérations de construction, démolition et rénovation présentes et à venir sur le territoire, et de les confronter aux structures déjà existantes ou aux besoins structurels auxquels il faut répondre.
Il ne s'agit pas de superposer un outil de plus aux démarches existantes, mais de produire la connaissance qui manque pour que les ambitions affichées dans les documents de planification (PCAET, PLPDMA, SRADDET) se traduisent en actions concrètes et mesurables.
Les grandes étapes de la démarche
Une démarche complète s'articule autour de six phases. Elle commence par un cadrage rigoureux : définition du périmètre, cartographie des parties prenantes (services techniques, opérateurs du BTP, acteurs de l'ESS, éco-organismes) et mise en place de la gouvernance. Vient ensuite l'analyse des gisements, qui quantifie et qualifie les matériaux susceptibles d'être réemployés à horizon de cinq à dix ans — démolitions programmées, réhabilitations lourdes, projets d'aménagement — en croisant données de planification et entretiens de terrain. Selon la disponibilité des données, cette phase peut passer par l'étude de chantiers types : des opérations représentatives du territoire sont analysées en détail pour estimer les volumes et la nature des matériaux mobilisables, leur état, leurs conditions de dépose et leur valeur potentielle. Ces chantiers servent de base de calcul pour extrapoler les gisements à l'échelle de l'ensemble du territoire et identifier les typologies de bâtiments ou d'opérations les plus porteuses pour le réemploi.
La troisième étape dresse un état des lieux de l'offre locale : quelles structures (ressourceries, plateformes, artisans spécialisés) sont en capacité d'absorber ces gisements, et où se situent les maillons manquants ? L'analyse des freins et leviers qui suit hiérarchise les potentiels de développement et identifie des solutions concrètes, en s'appuyant notamment sur les pratiques déjà éprouvées ailleurs. Ces éléments alimentent ensuite l'élaboration de scénarios et d'un plan d'actions co-construit avec les parties prenantes. La dernière phase définit les modalités de suivi et de gouvernance pour assurer la mise en œuvre effective des actions retenues.
Les outils concrets pour la collectivité
À l'issue de l'étude, la collectivité dispose d'une carte de flux des matériaux à l'échelle de son territoire, d'une estimation des volumes réemployables par famille de matériaux, d'un état des acteurs présents et des manques, ainsi que d'un programme d'actions priorisées avec des indicateurs de suivi. Ces livrables constituent une base documentaire solide pour engager des partenariats locaux, formuler des objectifs mesurables dans les documents stratégiques et répondre aux appels à projets des éco-organismes de la REP PMCB.
Pour faciliter la mise en relation des acteurs au-delà de la phase d'étude, OuiACT a développé un outil en ligne permettant à l'ensemble des parties prenantes de la filière — collectivités, maîtres d'ouvrage, opérateurs du BTP, structures de l'ESS — de signaler les gisements de matériaux disponibles ou de faire connaître leurs besoins. Cet outil vise à fluidifier les échanges entre offreurs et demandeurs de matériaux à l'échelle du territoire, condition nécessaire pour que le réemploi passe du diagnostic à la pratique.
Quels financements mobiliser ?
Plusieurs dispositifs permettent de couvrir tout ou partie du coût d'un diagnostic territorial.
L'ADEME propose, dans le cadre de son dispositif de soutien aux études et diagnostics pour le réemploi-réutilisation et la réparation (RRR hors emballages), une aide pouvant atteindre 80 % du coût de l'étude pour les structures éligibles. Ce dispositif est ouvert dans toutes les régions métropolitaines.
Plusieurs régions ont par ailleurs développé leurs propres mécanismes, souvent en partenariat avec l'ADEME. Par exemple, en Grand Est, le programme CLIMAXION (ADEME, Région Grand Est, FEDER) propose chaque année un appel à projets BTP dédié à la réduction et la valorisation des déchets, dont un volet spécifique au réemploi des matériaux ; l'Eurométropole de Metz en a bénéficié en 2024 pour financer une étude de structuration de filière à hauteur de 70 000 €.
Conclusion
Le réemploi des matériaux de construction est l'un des leviers les plus directs dont disposent les collectivités pour réduire l'empreinte environnementale de la construction sur le territoire, dynamiser leur économie locale et créer des emplois non délocalisables. Le cadre réglementaire, porté par la loi AGEC et la REP PMCB, crée désormais les conditions pour que cette ambition se concrétise. Le diagnostic territorial est l'outil qui transforme cette intention en stratégie documentée.
OuiACT accompagne les collectivités et leurs groupements dans la conduite de diagnostics territoriaux de valorisation et de réemploi, du cadrage initial à la co-construction du plan d'actions, en articulant chaque étape avec les outils de planification environnementale du territoire. Notre approche repose sur la mise en relation systématique avec les acteurs qui connaissent le territoire : développeurs économiques, syndicats de gestion des déchets, opérateurs du BTP, structures de l'ESS. C'est de ce réseau que vient la connaissance fine des filières et des pratiques locales, condition pour que les conclusions du diagnostic débouchent sur des projets réellement opérationnels.
- Ministère de la Transition écologique, diagnostic PEMD : https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/diagnostic-produits-equipements-materiaux-dechets-pemd
- Loi n°2020-105 du 10 février 2020 (loi AGEC), article 51 ; décret n°2021-821 du 25 juin 2021
- ADEME, soutien aux études et diagnostics RRR hors emballages (2025-2026) : https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/aides-financieres/2025/soutien-etudes-diagnostics-reemploi-reutilisation-reparation-hors-emballages
- CLIMAXION (ADEME / Région Grand Est), appel à projets BTP 2025 : https://www.climaxion.fr/docutheque/appel-projets-btp-reduction-valorisation-dechets
- Région Île-de-France, appel à projets « Île-de-France BTP circulaire » : https://www.iledefrance.fr/aides-et-appels-a-projets/appel-projets-ile-de-france-btp-circulaire
- ADEME / Région Nouvelle-Aquitaine, appel à projets RRR : https://aides-territoires.beta.gouv.fr/aides/6f2b-rrr-appel-a-projets-reemploi-reparation-reuti/
- Filières REP ADEME, filière PMCB : https://filieres-rep.ademe.fr/filieres-REP/filiere-PMCB
- Projet FCRBE (Facilitating the Circulation of Reclaimed Building Elements in Northwestern Europe) — estimation du taux de réemploi dans la construction
Lire pour réfléchir, ressentir et se transformer

Augmenter son BEGES pour diminuer celui du territoire : étude de cas d'une collectivité

Bilan Carbone® des musées : que mesurer ?
