Identifier les aléas climatiques de son territoire : la première étape du diagnostic de vulnérabilité

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Diagnostic de vulnérabilité

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En France, la température moyenne a augmenté de 2,2°C sur la dernière décennie par rapport à la période préindustrielle. Les vagues de chaleur, qui représentaient 2 jours par an entre 1961 et 1990, atteignent désormais 14 jours par an en moyenne depuis 2016 (Source : Météo France, 2025).

Face à ces évolutions déjà engagées, comment une collectivité peut-elle anticiper de manière structurée et rigoureuse ce qui l'attend ? La réponse passe par une démarche méthodique : le diagnostic de vulnérabilité. Cet article détaille sa première étape, l'identification des aléas climatiques, à travers des données actualisées et un retour d'expérience conduit avec une collectivité d'Île-de-France.

1. Le contexte national : la France se dote d'une stratégie d'adaptation

1.1 Atténuation et adaptation : deux démarches nécessaires et complémentaires

Réduire les émissions de gaz à effet de serre est indispensable. C'est l'objet de l'atténuation : travailler sur les causes du changement climatique. Mais cette action, aussi ambitieuse soit-elle, ne suffit pas. Une partie du réchauffement est désormais inévitable, quelle que soit la rapidité de la décarbonation de nos sociétés. L'adaptation est ainsi nécessaire pour anticiper les impacts du changement climatique et préparer les territoires, les infrastructures et les populations à y faire face.

Ces deux démarches ne s'opposent pas. Elles se complètent et se renforcent mutuellement. Réduire ses émissions aujourd'hui, c'est limiter l'ampleur des impacts à gérer demain. Pour une collectivité, intégrer les deux dimensions dans sa planification n'est plus une option : c'est une condition de résilience.

1.2 Une prise de conscience progressive : les jalons de l'action française et internationale

L'adaptation climatique n'est pas un sujet récent. Sur le plan international, les premiers signaux ont émergé dès 2001, avec le 3e rapport du GIEC et les Accords de Marrakech (COP7), avant que les COP de Buenos Aires (2004) et de Cancun (2010) n'approfondissent les engagements. Les Accords de Paris, en 2015, ont constitué une étape structurante en inscrivant l'adaptation aux côtés de l'atténuation comme pilier de la réponse mondiale au changement climatique.

En France, la prise de conscience nationale suit une trajectoire parallèle. Dès 2006, le gouvernement publie une première étude sur les impacts climatiques. Le premier Plan National d'Adaptation au Changement Climatique (PNACC 1) est lancé en 2011. Il sera suivi d'un PNACC 2 en 2018, puis d'un PNACC 3 en 2024. En 2023, la France publie la TRACC, Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l'Adaptation au Changement Climatique, inscrite dans le Code de l'environnement en 2026. Ce calendrier traduit une structuration progressive et une accélération récente, au rythme des données observées.

1.3 Le PNACC et la TRACC : deux outils complémentaires

Pour comprendre la stratégie nationale d'adaptation, deux documents sont essentiels. Le PNACC est un document de planification publié tous les cinq ans par le Ministère de la Transition Écologique. Il traduit en actions concrètes le scénario climatique de référence fixé pour la France. En trois générations, son ambition a évolué. Le PNACC 1 (2011-2015) proposait 80 actions autour de scénarios de réchauffement de +2 à +3,5°C d'ici 2100. Le PNACC 2 (2018-2022) a adopté une approche plus transversale et décentralisée, en 58 actions. Le PNACC 3 (2024-2028), élaboré avec des acteurs privés et publics, en comprend 52. La réduction du nombre d'actions ne traduit pas un recul d'ambition : elle reflète une plus grande sélectivité et une orientation résolument opérationnelle.

La TRACC, quant à elle, est le socle scientifique sur lequel s'appuient toutes ces actions. Elle fixe un scénario de réchauffement de référence : +2,7°C en France (hors DOM-TOM) à l'horizon 2050, et +4°C à l'horizon 2100. Ce scénario, basé sur les projections de Météo France et du GIEC, sert de référence commune à l'ensemble des acteurs publics et privés engagés dans une démarche d'adaptation. Ensemble, le PNACC et la TRACC forment le cadre national de référence.

1.4 Ce que le scénario +4°C implique concrètement

Les projections de la TRACC permettent d'anticiper ce qui attend les territoires français. À l'horizon 2050, dans un contexte de +2,7°C, la France connaîtra cinq fois plus de jours de vagues de chaleur qu'aujourd'hui, douze nuits tropicales par an en moyenne, un mois supplémentaire de sol sec par rapport à la période de référence 1976-2005, des pluies intenses renforcées de 10%, aggravant le risque d'inondation, pour ne citer que quelques impacts (Source : Météo France / TRACC, 2023).

Ces évolutions ne seront pas uniformes. Le sud de la France sera davantage exposé aux sécheresses et à l'intensification des épisodes méditerranéens, les zones côtières feront face à la submersion marine, les zones montagneuses verront fondre leur couverture nivale... C'est précisément cette variabilité territoriale qui justifie une analyse à l'échelle locale. Les données nationales fournissent un cadre d'ensemble ; le diagnostic de vulnérabilité territorial en affine la lecture pour chaque collectivité.

À noter : à ce jour, l'adaptation climatique ne constitue pas une obligation réglementaire pour les collectivités territoriales. La démarche repose sur le volontarisme. Mais l'inaction a un coût croissant et plus élevé que l'action préventive, qu'il soit financier, social ou environnemental (Le Monde, 2026 ; RadioFrance, 2026).

2. Le diagnostic de vulnérabilité : de quoi parle-t-on ?

2.1 Objectif et cadre méthodologique

Le diagnostic de vulnérabilité permet d'identifier les impacts du changement climatique propres à un territoire, pour orienter ensuite les actions d'adaptation de la manière la plus pertinente possible. Pour les collectivités françaises, la méthode de référence est la méthode TACCT de l'ADEME (Trajectoires d'Adaptation au Changement Climatique des Territoires). Accessible en autonomie, cette démarche structure en trois temps l'élaboration d'une politique d'adaptation : diagnostiquer les impacts, construire des stratégies d'adaptation, puis évaluer les actions mises en œuvre (Source : ADEME, démarche TACCT).

Le diagnostic s'appuie sur une équation issue du cadre conceptuel du GIEC. L'impact résulte du croisement entre un enjeu et un risque. Ce risque est lui-même le produit d'un aléa multiplié par l'exposition et la vulnérabilité du système concerné. Un impact peut donc être fort si l'aléa est intense, si le territoire y est très exposé ou s'il y est vulnérable. Cette équation oriente toute la démarche : on ne peut pas définir les priorités d'adaptation sans avoir d'abord compris sur quels aléas travailler.

2.2 Les deux grandes étapes du diagnostic

Ainsi, le diagnostic se déroule en deux grandes étapes. La première consiste à identifier les aléas : quels phénomènes climatiques touchent le territoire, avec quelle fréquence, quelle intensité, et comment évoluent-ils sous l'effet du changement climatique ? Cette phase est l'objet du présent article.

La seconde étape porte sur les vulnérabilités et l'exposition : quels enjeux du territoire (populations, infrastructures, services publics, écosystèmes, activités économiques) sont concernés, dans quelle mesure y sont-ils exposés, et quelle est leur capacité d'adaptation face aux aléas identifiés ? Cette phase fait l'objet d'un prochain article.

2.3 Le périmètre de l'étude des aléas

Le périmètre du diagnostic peut être déterminé de deux manières. En effet, premièrement, il peut correspondre au territoire géographique de la collectivité, que ce soit ses limites administratives ou celle d’une collectivité dont elle fait partie. Par exemple, une collectivité fortement dépendante d'une rivière pour son alimentation en eau potable aura intérêt à intégrer le bassin versant correspondant dans son étude, même s'il dépasse ses frontières administratives.

Secondement, la collectivité peut décider de concentrer son analyse sur son patrimoine et ses compétences. En effet, la collectivité peut choisir d'étudier les impacts sur son territoire sur lesquels elle peut agir directement : les espaces verts, les personnes vulnérables, les bâtiments administratives, selon les collectivités.

Ce cadrage initial est une décision stratégique, qui conditionne la pertinence de l'ensemble de la démarche.

3. L'identification des aléas : méthode et application

3.1 Qu'est-ce qu'un aléa climatique ?

Un aléa climatique est un phénomène qui se caractérise selon trois facteurs : son intensité, sa fréquence et le degré d'incertitude qui lui est associé. Il peut être un événement extrême ponctuel comme une inondation par crue par exemple, mais aussi une répartition d'évènements forts dans le temps. Dans ce cas, chaque événement pris isolément peut sembler peu impactant, mais leur répétition fragilise progressivement les systèmes. Un pont peut ainsi être affaibli par une augmentation de la fréquence des crues, sans qu'aucune d'elles ne provoque à elle seule de rupture. Ensuite, une collectivité peut aussi faire face à une combinaison d'aléas : un incendie de forêt qui résulte d'une sécheresse prolongée et d'une canicule, puis se propage sous l'effet de vents violents, en est une illustration. Enfin, un aléa peut s'exprimer sous la forme d'une pression lente : un phénomène progressif, difficile à percevoir au quotidien, aux conséquences cumulatives et souvent irréversibles. La montée du niveau de la mer en est l'exemple le plus emblématique.

On distingue par ailleurs deux catégories d'aléas. Les aléas purement climatiques comprennent la canicule, la vague de froid, la sécheresse, la tempête ou les pluies intenses. Les aléas secondaires, qui en découlent, incluent notamment le retrait-gonflement des argiles qui dépend de la sécheresse des sols, les incendies de forêt, qui sont rendus plus fréquents et intenses à cause de la sécheresse, ou le développement d'agents pathogènes favorisé par des conditions climatiques modifiées. Ces deux catégories doivent être traitées ensemble : les aléas secondaires peuvent être plus dommageables que l'aléa climatique qui les déclenche.

3.2 La méthode en deux sous-étapes

L'identification des aléas dans le cadre d'un diagnostic de vulnérabilité suit une progression méthodique en deux temps.

La première sous-étape est la collecte des données climatiques pertinentes pour le territoire. Plusieurs outils permettent de s'orienter. ClimaDiag Commune, développé par Météo France, fournit des données à l'échelle communale ou intercommunale. Les projections régionalisées de DRIAS (Les Futurs du Climat) permettent d'analyser les tendances à différents horizons temporels selon le scénario de référence retenu. La Base Gaspard recense l'historique des événements climatiques reconnus au titre des catastrophes naturelles, offrant un ancrage factuel dans le temps long. Ces sources, croisées et analysées ensemble, permettent de construire un portrait climatique fidèle du territoire.

Les indicateurs collectés varient selon le type d'aléa. Pour la chaleur, on s'intéresse par exemple au nombre de jours dépassant une température maximale de 35°C et au nombre de nuits tropicales ; pour la sécheresse, à la durée des déficits en eau des sols (indice SWI) et à l'évolution du déficit hydrique ; pour l'inondation, aux cumuls de précipitations quotidiennes remarquables et à l'historique des crues.

Ensuite, la deuxième sous-étape est l'analyse et la représentation de ces données. Une fois collectées, elles font l'objet d'une analyse portant sur la fréquence, l'intensité et les tendances d'évolution de chaque aléa, en distinguant trois horizons temporels : le passé (tendances observées sur plusieurs décennies), le présent (situation actuelle), et le futur (projections à 2030, 2050 et 2100, basées sur le scénario TRACC à +4°C). Les résultats se matérialisent sous forme de graphiques d'évolution temporelle et de cartographies à différents horizons, rendant les données accessibles aux élu·es, aux agent·es et aux parties prenantes du territoire.

3.3 Cas d'étude : l'application avec une collectivité francilienne

Dans le cadre d'un accompagnement mené par OuiACT avec une commune d'Île-de-France, l'analyse des aléas a permis de dresser un portrait climatique précis et circonstancié du territoire. La démarche a couvert l'ensemble des principaux aléas susceptibles d'affecter cette collectivité.

Les crues majeures ont fait l'objet d'une attention particulière, en lien avec la Seine. L'analyse cartographique a mis en évidence l'évolution des zones exposées à différents horizons temporels, offrant aux décideur·ses une représentation concrète de la progression du risque d'inondation sur leur territoire.

De plus, le retrait-gonflement des argiles (RGA) constitue un aléa particulièrement présent en Île-de-France, lié à l'alternance de périodes humides et sèches de plus en plus marquée. Sa cartographie, croisée avec les arrêtés de catastrophe naturelle, a mis en lumière des secteurs où le bâti existant est potentiellement fragilisé, sans que les habitant·es ni les gestionnaires n'en aient nécessairement conscience.

L'analyse des vagues de chaleur a révélé une tendance claire : des épisodes plus longs et plus intenses sur le territoire ainsi qu'une hausse du nombre de nuits tropicales, avec des conséquences directes sur la santé des populations les plus vulnérables, sur les consommations énergétiques et sur la continuité de certains services publics, entre autres.

Ensuite, l'analyse des précipitations a mis en évidence une évolution saisonnière marquée : des étés tendant vers plus de sécheresse, des automnes et hivers plus humides, accompagnée d'une augmentation de l'intensité des épisodes pluvieux. Cette combinaison aggrave à la fois les risques de ruissellement urbain et les risques de retrait-gonflement des argiles. Enfin, le suivi de l'humidité des sols via des indices dédiés a fourni un indicateur clé pour la gestion de la ressource en eau et l'anticipation des risques structurels.

Ce travail a permi de souligner les différences entre communes d'un même territoire en matière d'aléas géographiques tels que les inondations ou le retrait-gonflement des argiles, mais également d'exposition et de vulnérabilité. Recourir aux seules données nationales ne suffit donc pas à éclairer des décisions locales.

4. Quelle utilité concrète pour la collectivité ?

4.1 Dépasser les perceptions pour ancrer la décision dans les faits

L'une des premières valeurs d'un diagnostic des aléas est la construction d'une représentation objective et partagée du changement climatique sur le territoire, qui dépasse les perceptions subjectives. En effet, selon la chercheuse Stéphanie Beucher dans Le risque d’inondation dans le Val-de-Marne : une territorialisation impossible? : "Même lorsque les populations ont conscience du risque, elles le perçoivent comme peu probable et surtout comme peu dommageable (...) par rapport à d'autres risques ou par rapport à d'autres espaces du territoire français." L'analyse rigoureuse des aléas permet de contourner ce mécanisme en ancrant les échanges dans des chronologies documentées et des projections vérifiables.

4.2 Un outil de sensibilisation et de projection collective

L'identification des aléas n'est pas seulement un exercice technique. C'est aussi, en soi, un outil de sensibilisation puissant. Présenter à une assemblée d'élu·es et d'agent·es l'évolution du nombre de jours de canicule attendus d'ici 2100, ou l'extension des zones inondables à l'horizon 2050, provoque des réflexions très concrètes : notre territoire est-il en capacité de faire face à ces scénarios ? Quels sont nos points de fragilité actuels ? Quels services publics seraient les premiers concernés ?

Cette dimension collective est structurante. L'adaptation climatique ne peut pas être portée par une seule direction technique ou par un seul individu convaincu. Elle doit être appropriée par l'ensemble des décideur·ses. L'analyse des aléas crée les conditions de cette appropriation : elle offre un socle de données partagé, accessible et propice à la discussion.

4.3 Le socle du plan d'adaptation

Enfin, l'identification des aléas n'est pas une fin en soi. C'est le premier maillon d'une chaîne méthodologique. On ne peut pas définir de bonnes mesures d'adaptation si l'on ne sait pas précisément à quoi s'adapter, et selon quelles trajectoires d'évolution. Le diagnostic des aléas est le socle sur lequel se construit l'ensemble de la démarche : l'identification des vulnérabilités et des expositions, puis la priorisation des risques, et enfin le plan d'adaptation avec ses mesures concrètes, ses indicateurs et ses horizons temporels.

Conclusion

Pour conclure, la connaissance des aléas climatiques de son territoire est la première condition pour l'adapter de manière cohérente et proportionnée. Cette identification rigoureuse, dans le temps et dans l'espace, permet de sortir du registre du ressenti pour entrer dans celui de la stratégie. Elle offre aux élu·es et aux agent·es les outils pour anticiper, arbitrer et planifier en connaissance de cause.

Le travail mené par OuiACT avec des collectivités l'illustre : chaque territoire présente un profil climatique propre, des expositions spécifiques, des dynamiques singulières. Aucun diagnostic national ne peut se substituer à une analyse localement ancrée pour prendre des décisions à la hauteur des enjeux territoriaux.

Dans un prochain article, nous nous intéresserons à la deuxième étape du diagnostic de vulnérabilité : l'identification des vulnérabilités et de l'exposition des enjeux du territoire. Quelles populations, quelles infrastructures, quelles activités sont concernées, et dans quelle mesure ? C'est là que le diagnostic prend toute sa dimension opérationnelle.

Météo France, Indicateurs du changement climatique en France hexagonale et Corse, 2025

TRACC (Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l'Adaptation au Changement Climatique), Météo France / Ministère de la Transition Écologique, 2023

ADEME, démarche TACCT (Trajectoires d'Adaptation au Changement Climatique des Territoires), tacct.ademe.fr

DRIAS, Les Futurs du Climat, projections climatiques régionalisées, drias-climat.fr

Stéphanie Beucher, Le risque d'inondation dans le Val-de-Marne : une territorialisation impossible ?

Base Gaspard, historique des catastrophes naturelles reconnues, georisques.gouv.fr

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