Les enjeux climatiques décryptés par nos experts


Bilan Carbone® et Budget Vert : comment articuler ces deux outils pour les collectivités ?
1. Deux obligations réglementaires au service de la transition écologique
1.1 Le Bilan Carbone® Patrimoine et Compétences : mesurer les émissions de gaz à effet de serre
Le Bilan Carbone® Patrimoine et Compétences, également appelé BEGES réglementaire, constitue l'outil de référence pour quantifier l'empreinte carbone organisationnelle des collectivités. Depuis janvier 2023, le périmètre d'analyse intègre les émissions directes et indirectes de la collectivité. Ces dernières englobent les achats de biens et services, les déplacements domicile-travail des agents, la fin de vie des équipements ou encore la construction d'infrastructures.
Cette méthodologie s'appuie sur le référentiel Bilan Carbone® et mobilise les facteurs d'émission de la Base Empreinte® de l'ADEME. L'exercice permet d'identifier les postes d'émissions prioritaires de la collectivité(énergie, mobilité, achats, patrimoine bâti) et de définir des leviers de réduction chiffrés.
L'objectif est double : établir un diagnostic précis de l'empreinte carbone organisationnelle et construire un plan d'action de décarbonation aligné sur une trajectoire 1,5°C, en cohérence avec les engagements nationaux.
1.2 Le Budget Vert : évaluer l'impact environnemental des dépenses publiques
Le Budget Vert répond à une logique différente : évaluer, une fois par an, l'impact environnemental des dépensesréellement exécutées par les collectivités. Introduit par l'article 191 de la loi de finances pour 2024 et précisé par le décret du 16 juillet 2024, ce dispositif impose aux collectivités de plus de 3 500 habitants appliquant le référentiel M57de produire une annexe environnementale à leur compte administratif. Depuis 2025, l'obligation s'étend aux budgets sous référentiel M4.
Contrairement au Bilan Carbone qui quantifie des émissions en tonnes de CO2 équivalent, le Budget Vert classe les dépenses budgétaires selon leur contribution aux six axes de la taxonomie européenne : atténuation du changement climatique, adaptation et prévention des risques naturels, gestion de l'eau, économie circulaire et gestion des déchets, lutte contre les pollutions, préservation de la biodiversité. Chaque dépense d'investissement exécutée reçoit une cotation (Favorable, Défavorable, Neutre ou Non coté) qui permet d'évaluer la compatibilité des choix budgétaires avec les objectifs environnementaux. Ce travail mobilise donc les services financiers et techniques pour qualifier l'impact réel des investissements réalisés.
Les méthodes de cotation développées par I4CE et le CGDD proposent des critères de classement sur l'axe atténuation et l'axe biodiversité (axes obligatoires à partir du compte financier unique 2025). Le calendrier de déploiement des quatre autres axes suivra sous réserve de disponibilité des ressources méthodologiques.
2. Deux approches méthodologiques complémentaires pour analyser l'action publique locale
2.1 Des objectifs différents qui se répondent
Le Bilan Carbone identifie les postes d'émission prioritaires et définit des leviers d'action pour réduire l'empreinte carbone de la collectivité.
Le Budget Vert évalue la compatibilité des dépenses avec les objectifs de transition écologique. L'objectif final est d'orienter les arbitrages budgétaires.
L'un structure la stratégie climatique, l'autre vérifie sa traduction financière.
2.2 Des périmètres d'analyse différents
Le Bilan Carbone® analyse le périmètre organisationnel de la collectivité : patrimoine (bâtiments, véhicules, équipements) et compétences (éclairage public, voirie, restauration scolaire, gestion des déchets).
Le Budget Vert analyse le périmètre budgétaire : les dépenses d'investissement exécutées, inscrites au compte administratif. Les collectivités peuvent volontairement étendre l'exercice aux dépenses de fonctionnement.
2.3 Des méthodologies différentes qui éclairent l'action publique
Le Bilan Carbone® repose sur une quantification en tonnes de CO2 équivalent par poste d'activité, permettant de hiérarchiser les sources d'émissions et d'identifier les marges de réduction.
Le Budget Vert repose sur une qualification par impact environnemental. La cotation qualitative des dépenses mesure l'orientation globale du budget sans produire de quantification carbone.
2.4 L'exemple de la piste cyclable : une double lecture indispensable
Un projet d'aménagement de piste cyclable illustre parfaitement la complémentarité des deux approches. Analysé sous l'angle du Budget Vert, cet investissement reçoit une cotation Favorable sur l'axe atténuation du changement climatique : il favorise le report modal vers une mobilité décarbonée et contribue aux objectifs de réduction des émissions du secteur des transports.
Analysé sous l'angle du Bilan Carbone®, ce même projet génère une augmentation temporaire des émissions de gaz à effet de serre. La construction de la piste mobilise du béton, de l'enrobé, du matériel de chantier, provoque potentiellement une artificialisation des sols. Ces émissions, intégrées au scope 3 (émissions indirectes) du Bilan Carbone, pèsent sur l'empreinte de la collectivité l'année de réalisation du projet.
Cette apparente contradiction révèle en réalité la nécessité d'articuler les deux outils.
Le Bilan Carbone® mesure l'impact immédiat du projet sur l'empreinte organisationnelle de la collectivité, tandis que le Budget Vert évalue sa contribution à moyen et long terme à la transition écologique du territoire. L'un alerte sur le coût carbone de l'investissement, l'autre valorise son bénéfice structurel.
L'arbitrage entre ces deux dimensions nécessite une vision stratégique pluriannuelle et une capacité à accepter une augmentation ponctuelle des émissions pour construire les infrastructures de la décarbonation ****future.
3. Articuler Bilan Carbone et Budget Vert : vers un pilotage stratégique de la transition territoriale
3.1 Mobiliser transversalement les services de la collectivité
Le Bilan Carbone® Patrimoine et Compétences mobilise prioritairement les services techniques, patrimoniaux et opérationnels de la collectivité. La collecte des données d'activité (consommations énergétiques des bâtiments, déplacements, infrastructures et patrimoine, tonnage de déchets…) implique les directions en charge de l'énergie, de la mobilité, de la restauration, de la voirie ou de la gestion des déchets. L'exercice nécessite une coordination technique forte et une capacité à agréger des données provenant de multiples sources.
Le Budget Vert, quant à lui, mobilise en premier lieu les services financiers. L'analyse annuelle des dépenses exécutées s'appuie sur les extractions budgétaires et nécessite une cotation ligne à ligne des dépenses. Cette démarche impose un dialogue entre la direction des finances et les directions opérationnelles pour qualifier l'impact environnemental de chaque investissement réalisé.
Synergie entre les services : vers une gestion environnementale intégrée
L'articulation des deux exercices crée ainsi des ponts entre logique comptable et logique climat. Elle structure un dialogue de gestion environnementale transversal et favorise l'appropriation des enjeux climatiques par l'ensemble des services.
OuiACT accompagne régulièrement les collectivités dans cette mise en cohérence organisationnelle, en formant les équipes aux deux méthodes et en construisant des outils de suivi adaptés.
3.2 Une double vision pour éclairer la décision politique
Le Bilan Carbone® constitue un outil de stratégie territoriale. Il fixe les orientations de décarbonation de la collectivité en identifiant les postes d'émissions prioritaires et en définissant des trajectoires de réduction alignées sur la SNBC. Il répond à la question : quels sont nos leviers d'action pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? Ces objectifs structurent la planification territoriale et orientent les politiques publiques locales.
Le Budget Vert constitue un outil de pilotage budgétaire pluriannuel. Il vérifie année après année que les dépenses d'investissement réalisées sont cohérentes avec les ambitions environnementales affichées. Il alerte sur les incohérences et valorise les efforts consentis. Il répond à la question : nos investissements sont-ils alignés avec les objectifs de transition écologique ? Ainsi, il assure le suivi de la SNBC en vérifiant que les investissements réalisés contribuent effectivement aux objectifs fixés.
Cohérence entre diagnostic et exécution : une démarche intégrée
L'articulation des deux outils permet d'éclairer la décision politique sous deux angles complémentaires. Le Bilan Carbone® définit les orientations stratégiques à moyen et long terme, tandis que le Budget Vert vérifie leur traduction opérationnelle dans les arbitrages budgétaires annuels. Cette double lecture renforce la crédibilité de l'action climatique territoriale et facilite le dialogue avec les élus, les citoyens et les partenaires institutionnels.
Si le Bilan Carbone® identifie la rénovation énergétique du patrimoine bâti comme un levier prioritaire de réduction des émissions, le Budget Vert doit montrer une augmentation des dépenses cotées Favorable sur l'axe atténuation pour les programmes de travaux énergétiques. Cette cohérence entre diagnostic, stratégie et exécution budgétaire garantit la crédibilité de la démarche.
OuiACT accompagne les collectivités dans cette articulation stratégique depuis 2020. Avec plus de 80 collectivités accompagnées sur le Budget Vert et une expertise reconnue sur les Bilans Carbone, OuiACT propose une approche intégrée qui met en cohérence les deux exercices. Cette démarche s'appuie sur la maîtrise des référentiels méthodologiques (Bilan Carbone® Patrimoine et Compétences, méthodes I4CE et CGDD pour le Budget Vert) et sur un transfert de compétences auprès des équipes techniques et financières.
3.3 Du diagnostic à l'action : une complémentarité opérationnelle
L'articulation opérationnelle entre Bilan Carbone® et Budget Vert se joue à plusieurs niveaux. En amont, le Bilan Carbone® fournit les priorités d'action et oriente la programmation pluriannuelle des investissements. En aval, le Budget Vert vérifie que ces orientations se traduisent effectivement dans les dépenses exécutées et alerte en cas de décalage entre ambitions et réalité budgétaire.
Cette complémentarité permet également d'enrichir le dialogue budgétaire. Lors des débats d'orientation budgétaire, la présentation croisée des résultats du Bilan Carbone® et du Budget Vert offre aux élus une vision globale de la performance environnementale de la collectivité. Elle facilite les arbitrages entre projets et renforce la transparence de l'action publique locale.
Conclusion
Bilan Carbone® Patrimoine et Compétences et Budget Vert ne sont pas des exercices redondants, mais deux outils complémentaires qui éclairent l'action publique locale sous des angles différents. Le premier mesure l'empreinte carbone organisationnelle et structure la stratégie de décarbonation, le second évalue la compatibilité des dépenses avec les objectifs environnementaux et pilote l'exécution budgétaire. Leur articulation forme un système de pilotage robuste pour les collectivités soumises aux deux obligations.
Au-delà de la conformité réglementaire, cette double vision offre un levier stratégique pour construire des trajectoires territoriales crédibles, alignées avec la SNBC, et pour transformer la contrainte en opportunité de dialogue transversal au sein des collectivités. La transition écologique des territoires se joue dans cette capacité à faire converger diagnostic carbone et pilotage budgétaire.
Pour articuler efficacement Bilan Carbone® et Budget Vert dans votre collectivité, et en faire des leviers concrets de votre stratégie climatique, contactez nos experts pour un accompagnement sur mesure adapté à vos enjeux territoriaux.

Décliner la SNBC 3 à son territoire
1. La SNBC 3, un changement d'échelle dans la gouvernance climatique
Le décret n° 2026-636 du 16 juillet 2026 revoit à la hausse l'ambition des budgets carbone : les plafonds annuels moyens des périodes 2024-2028 et 2029-2033, fixés respectivement à 359 et 300 millions de tonnes de CO2 équivalent par la SNBC 2, sont désormais établis à 342 et 262 millions de tonnes. Autre nouveauté : pour la première fois, la SNBC intègre un objectif chiffré de réduction de l'empreinte carbone, c'est-à-dire des émissions liées aux biens importés. La cible est ambitieuse, entre 71 % et 79 % de baisse d'ici 2050 par rapport à 2010.
Ce cadre national est juridiquement contraignant. Les budgets carbone qu'il fixe s'imposent à l'État et doivent être intégrés par les collectivités dans leurs documents de planification et leurs choix d'investissement. La SNBC ne se limite donc pas à une déclaration d'intention : elle structure, en cascade, l'ensemble des politiques publiques locales.
Cette exigence de déclinaison locale n'est pas accessoire. Selon le ministère de la Transition écologique, les collectivités territoriales portent une part significative des leviers d'action nécessaires pour réduire de moitié les émissions brutes françaises entre 1990 et 2030. La réussite de la SNBC 3 dépend donc largement de la capacité des territoires, et en particulier des intercommunalités, à en assurer la traduction opérationnelle.
2. Territorialiser la SNBC à l'échelle intercommunale : quelle méthode ?
La territorialisation de la SNBC ne s'improvise pas. Elle s'appuie sur une chaîne de documents de planification dont chacun doit être compatible avec, ou prendre en compte, celui du niveau supérieur.
Le schéma présenté plus bas résume cette architecture : chaque document doit conserver la même ambition que celui du niveau supérieur, en l'adaptant à ses propres réalités, sous peine de rupture dans la chaîne de décarbonation. Par exemple si le PCAET (plan climat-air-énergie territorial) fixe un objectif de réduction des déplacements en voiture, le SCoT (schéma de cohérence territoriale) doit le traduire en limitant l'étalement urbain, et le PLUi doit ensuite écarter les zones d'activité isolées qui contrediraient cet objectif. Sans cette continuité, chaque document peut rester cohérent pris isolément, mais la trajectoire bas-carbone ne se traduira pas correctement sur le terrain.

Au-delà de ce cadre réglementaire, l'ADEME met à disposition des intercommunalités une méthode qui décline la trajectoire nationale secteur par secteur, à partir d'indicateurs déjà disponibles localement : pour le chauffage résidentiel par exemple, le nombre de logements par mode de chauffage, pondéré par la rigueur climatique du département, permet d'estimer la contribution attendue de ce parc à l'effort collectif. Développée par Solagro et l'Institut négaWatt sur dix-huit mois, avec la contribution de treize collectivités pilotes, cette méthode est accessible sur la plateforme Territoires en Transitions ou sous forme de fichier de calcul téléchargeable. Elle n'a pas de portée prescriptive : elle donne un point de comparaison pour définir les objectifs d'un PCAET, ou pour les interroger lors d'un bilan à mi-parcours.
Cette méthode a toutefois ses limites. Elle repose sur des données disponibles à l'échelle intercommunale, mais leur granularité et leur fiabilité varient fortement d'un territoire à l'autre. Les capacités d'ingénierie pour s'en saisir, elles aussi, sont inégalement réparties : certaines intercommunalités disposent de services dédiés au climat, d'autres s'appuient sur des ressources mutualisées, voire inexistantes. Résultat : deux territoires soumis au même objectif national peuvent produire des trajectoires de qualité très inégale, l'écart se creusant précisément là où l'accompagnement ferait le plus défaut.
3. Quelles perspectives pour les intercommunalités ?
C'est précisément ce constat que dresse le Haut Conseil pour le climat (HCC) dans son rapport thématique d'avril 2026 consacré aux politiques climatiques dans les territoires. L'instance y pointe des niveaux d'ambition très hétérogènes selon les collectivités, un manque de moyens financiers et d'ingénierie, ainsi que des outils de suivi encore inadaptés pour mesurer les résultats obtenus.
Le HCC ne s'arrête pas au constat. Il formule des recommandations concrètes, organisées autour de cinq axes :
- Renforcer la gouvernance climatique locale et pérenniser les COP territoriales ;
- Sécuriser les investissements des collectivités dans la durée et mobiliser le levier de l'endettement ;
- Mieux intégrer les enjeux de transition juste et de vulnérabilités sociales ;
- Renforcer l'accès à l'ingénierie pour les intercommunalités les moins dotées ;
- harmoniser les outils de suivi et d'évaluation.
Ce dernier point rejoint une observation formulée dès mars 2026 par le HCC dans son avis sur le projet de SNBC 3 : la crédibilité de la stratégie nationale dépendra de la définition d'une feuille de route opérationnelle, articulée avec la planification budgétaire. Pour les intercommunalités, ce message vaut à leur propre échelle. Attendre la publication de tous les textes d'application avant d'agir revient à subir un calendrier déjà tendu. Les COP territoriales, dont la récurrence est annoncée par l'État, offrent au contraire un cadre de discussion pour anticiper les arbitrages à venir, qu'ils portent sur la rénovation énergétique, la mobilité ou l'aménagement.
Le financement demeure la question la plus sensible. Le HCC ne propose pas de solution miracle, mais une direction claire : sécuriser les investissements climatiques sur le temps long plutôt que de les faire dépendre d'appels à projets ponctuels, et ne pas écarter le recours à l'endettement pour des investissements dont les bénéfices se mesurent sur plusieurs décennies. Une manière de rappeler qu'une trajectoire bas-carbone se pilote comme un investissement, pas seulement comme une contrainte réglementaire.
Conclusion
La SNBC 3 marque un changement d'échelle dans l'ambition climatique française, mais son adoption par décret ne constitue qu'une étape. Sa réussite se jouera dans la capacité des intercommunalités à articuler leurs documents de planification, à s'appuyer sur des outils méthodologiques désormais disponibles, et à sécuriser les moyens d'ingénierie et de financement nécessaires à leur mise en œuvre. Le Haut Conseil pour le climat le rappelle : le potentiel des territoires reste sous-mobilisé, faute de gouvernance stabilisée et de financements pérennes. Anticiper ces arbitrages, plutôt que les subir au fil des textes d'application, est désormais la condition d'une trajectoire crédible. OuiACT accompagne régulièrement les intercommunalités dans l'élaboration et le suivi de leur PCAET, en s'appuyant sur une lecture rigoureuse des trajectoires sectorielles et des documents de planification applicables à chaque territoire.

Bilan Carbone® Territoire : que mesurez-vous ?
1. Trois périmètres à ne pas confondre
Le Bilan Carbone® Territoire estime les émissions de gaz à effet de serre générées par l'ensemble des acteurs présents sur un périmètre géographique (ménages, entreprises, collectivités). Il constitue une pièce du diagnostic du plan climat-air-énergie territorial (PCAET), prévu à l'article L. 229-26 du code de l'environnement. La collectivité n'est plus l'objet mesuré : elle fait partie de ce que l'on mesure, aux côtés des ménages et des entreprises.
Le Bilan Carbone® Patrimoine et Compétences relève d'une tout autre logique plutôt organisationnelle. Il couvre le patrimoine bâti, la flotte, les achats et l'exercice des compétences de la collectivité. C'est lui qui porte l'obligation réglementaire du BEGES (bilan d'émissions de gaz à effet de serre, article L. 229-25 du code de l'environnement), dont le périmètre a été élargi aux émissions indirectes significatives à compter du 1er janvier 2023. Le Bilan Carbone® désigne la méthodologie, le BEGES l'obligation réglementaire qui en découle.
L'empreinte carbone individuelle, popularisée par l'outil Nos Gestes Climat de l'ADEME, relève encore d'une troisième logique : elle rattache à une personne les émissions de sa consommation, y compris celles produites à l'étranger. L'écart entre les deux approches est structurel. En 2024, le SDES chiffre l'inventaire national des émissions territoriales à 369 Mt CO2e, contre 563 Mt CO2e pour l'empreinte carbone, soit un écart de 52 %. Multiplier une empreinte moyenne par la population communale ne reconstitue donc pas un bilan territorial.
2. Des données à des niveaux de précision très différents
La base de l'exercice territorialisé repose sur les données produites par les observatoires ou agences régionales pour le climat (AREC Occitanie, AREC Nouvelle-Aquitaine, ORECAN, etc.), spatialisées à la résolution communale avant agrégation par EPCI. Leur atout est la comparabilité entre territoires et dans le temps. Leur limite est d'être issus d'une modélisation descendante : à l'échelle d'une commune de 20 000 habitants, la finesse annoncée dépasse souvent la finesse réelle.
Lorsque la donnée locale manque, une moyenne nationale est désagrégée au prorata d'une clé de répartition(population, logements, emplois). La méthode donne un ordre de grandeur exploitable, mais elle est aveugle aux spécificités locales : un poste calculé ainsi ne mesure pas l'action locale, il la reflète par construction comme la moyenne. Le mentionner explicitement évite de bâtir un plan d'action sur un chiffre qui ne bougera jamais autrement que par la révision du facteur national.
Le transport concentre une difficulté méthodologique propre. Une approche cadastrale attribue au territoire les émissions produites sur son réseau, trafic de transit compris. Une approche en responsabilité rattache au territoire les flux générés par ses habitants, où que le déplacement ait lieu. Une commune traversée par une infrastructure structurante affiche ainsi un poste transport élevé sur lequel elle a peu de leviers, une commune résidentielle affiche l'inverse alors que ses habitants parcourent des distances importantes hors du territoire. Les deux choix se défendent, en revanche ce qui ne se défend pas et d’en occulter la nuance lors des restitutions.
3. En faire un outil de pilotage pour les élus
OuiACT a réalisé le Bilan Carbone® Territoire de la Ville de Chaville en 2024. Après la mise en place d'un budget climat en 2021, la Ville a établi son Bilan Carbone® sur les données 2023 : le secteur résidentiel ressort comme premier poste avec 31,4 % du total, devant l'alimentation, 21,8 % et le tertiaire 8 %. La Ville a articulé ce constat à des mesures concrètes comme des subventions à la rénovation énergétique, et surtout un projet de géothermie profonde conduit avec Sèvres, Ville-d'Avray et Viroflay, dimensionné pour alimenter environ 45 000 équivalents-logements à l'horizon 2029, pour une économie estimée à 29 000 tCO2e par an.
Un bilan territorial ne devient un support de décision qu'une fois les postes d’émissions hiérarchisés selon la capacité d'action réelle de la collectivité. Trois cercles suffisent : ce qu'elle pilote directement (patrimoine, flotte, commande publique, restauration collective), ce qu'elle influence (rénovation du parc privé, urbanisme, réseau de chaleur, mobilité), ce qui lui échappe (transit, structure industrielle, arbitrages nationaux). Sans ce tri, le bilan produit un chiffre sans destinataire.
Le point le plus souvent négligé reste la traçabilité des hypothèses entre deux millésimes. Face à deux exercices, l'écart observé mélange trois effets : les variations réelles d'activité, les mises à jour de facteurs d'émission, et les changements de source ou de méthode. Documenter la source et la clé de répartition retenues poste par poste, recalculer l'année de référence à méthode constante, et présenter séparément l'effet méthode et l'effet réel, sont les trois pratiques qui rendent une série exploitable dans la durée.
Conclusion
Le Bilan Carbone® Territoire, le Bilan Carbone® Patrimoine et Compétences et l'empreinte individuellemesurent trois objets distincts, qui ne s'additionnent ni ne se vérifient l'un par l'autre. La précision d'un bilan territorial dépend moins de la sophistication de l'outil que de la qualité des données locales et de la clarté des hypothèses posées, le traitement des flux de transport traversants en étant l'illustration la plus nette.
OuiACT accompagne régulièrement les collectivités territoriales dans la réalisation et l'exploitation de leur Bilan Carbone® Territoire, de la collecte des données jusqu'à la restitution devant les élus. C’est un volet essentiel de l’élaboration, de l’évaluation à mi-parcours et de la révision d’un PCAET : nous le menons avec rigueur et avec la volonté de transformer ses résultats en outil d’aide à la décision.

Vulnérabilité climatique : quels enjeux de votre territoire ?
1. De l'aléa au risque : où se situe la vulnérabilité ?
1.1 Aléa, exposition, vulnérabilité : trois notions à ne pas confondre
Ces termes sont souvent employés comme des synonymes, à tort. L'aléa désigne l'événement climatique lui même (inondation, canicule, sécheresse), caractérisé par sa nature, sa fréquence et son intensité. L'exposition désigne la présence de populations, de biens ou d'activités dans les zones où l'aléa se manifeste. La vulnérabilité, enfin, qualifie la fragilité de ces enjeux face à l'aléa. Le risque n'existe qu'au croisement de ces composantes : un aléa qui ne rencontre aucun enjeu exposé ne produit pas de risque, et un enjeu exposé mais peu vulnérable subira des dommages limités.
Cette distinction n'est pas qu'affaire de vocabulaire. Elle structure toute la démarche : selon le portail national de l'adaptation, le risque résulte du croisement entre l'aléa et la vulnérabilité des enjeux, et l'adaptation consiste précisément à réduire cette exposition et cette vulnérabilité.
1.2 La vulnérabilité, entre sensibilité et capacité d'adaptation
Le cadre du GIEC, repris par la démarche TACCT de l'ADEME, décompose la vulnérabilité en deux dimensions. La sensibilité mesure le degré auquel un enjeu est affecté par un aléa : une personne âgée est plus sensible à la chaleur, un réseau d'eau potable vieillissant plus sensible à la sécheresse. La capacité d'adaptation, à l'inverse, désigne l'aptitude d'un système à faire face, à se réorganiser ou à limiter les dommages. Le GIEC définit ainsi la vulnérabilité comme la propension à subir des effets néfastes, qui recouvre la sensibilité aux dommages et le manque de capacité à y faire face.
Deux territoires exposés au même aléa peuvent donc présenter des vulnérabilités très différentes, selon la sensibilité de leurs enjeux et les marges de manœuvre dont ils disposent. C'est cette lecture croisée qui donne au diagnostic sa valeur.
2. Quels enjeux du territoire sont exposés ?
2.1 Populations, infrastructures, activités, services publics
Le diagnostic passe en revue quatre grandes familles d'enjeux. Les populations d'abord, avec une attention aux groupes les plus sensibles : personnes âgées, jeunes enfants, personnes isolées ou précaires. Les infrastructures ensuite : réseaux d'eau, d'énergie et de transport, bâtiments publics, dont la sensibilité dépend de leur âge et de leur conception. Les activités économiques, de l'agriculture au tourisme, dont certaines sont directement dépendantes des conditions climatiques. Les services publics enfin, qui doivent rester assurés y compris pendant les épisodes extrêmes : écoles, établissements de santé, services techniques.
Pour chaque famille, l'enjeu est de localiser précisément l'exposition et d'apprécier la sensibilité. Une cartographie qui superpose les zones inondables et les équipements sensibles, ou les îlots de chaleur urbains et les établissements accueillant des publics fragiles, transforme une intuition en donnée exploitable.
2.2 Croiser exposition et sensibilité : l'exemple de la canicule
L'été 2022 offre une illustration parlante. Santé publique France a estimé à près de 2 816 le nombre de décès en excès pendant les trois vagues de chaleur, dont environ 2 272, soit plus de 80 %, chez les personnes de 75 ans et plus. Le même aléa, la chaleur, ne produit donc pas un effet uniforme : il se concentre sur une population sensible identifiable.
Pour une collectivité, ce constat a des traductions concrètes. Un territoire dont la part de personnes âgées est élevée, dont le tissu urbain est dense et minéral, et dont les logements sont mal isolés cumule exposition et sensibilité. À aléa équivalent, il sera plus vulnérable qu'un territoire au bâti récent et aux espaces végétalisés. Le diagnostic sert précisément à repérer ces cumuls, avant qu'un épisode extrême ne les révèle.
3. De la vulnérabilité à la priorisation des risques
3.1 Pourquoi la capacité d'adaptation change tout
À exposition et sensibilité comparables, la capacité d'adaptation fait la différence. Un service technique doté d'un plan de gestion de crise, une collectivité qui a engagé la rénovation de ses bâtiments, un réseau d'eau interconnecté disposent de marges que d'autres n'ont pas. Intégrer cette dimension évite deux écueils : surestimer la vulnérabilité de territoires déjà organisés, et sous estimer celle de territoires exposés mais démunis. C'est aussi ce qui permet d'éviter la mal-adaptation, ces décisions qui aggravent la vulnérabilité au lieu de la réduire, comme le recours généralisé à la climatisation qui accentue la chaleur urbaine.
3.2 Le maillon vers le plan d'adaptation
L'identification des vulnérabilités et des expositions n'est pas une fin en soi. Elle prolonge le diagnostic des aléas et prépare l'étape suivante : la priorisation des risques. Tous les croisements aléa-enjeu n'ont pas la même gravité ni la même probabilité, et une collectivité ne peut pas tout traiter en même temps. Hiérarchiser suppose de savoir précisément quels enjeux sont concernés, à quel degré, et selon quelles trajectoires d'évolution. C'est ce socle qui rend possible un plan d'adaptation proportionné, doté de mesures, d'indicateurs et d'horizons temporels.
Conclusion
Là où le diagnostic des aléas dit à quoi s'adapter, l'analyse des vulnérabilités et des expositions dit qui et quoi protéger, et dans quel ordre. En distinguant exposition, sensibilité et capacité d'adaptation, elle évite les raccourcis et donne aux élu·es comme aux agent·es une lecture fine des fragilités de leur territoire. C'est cette précision qui fonde des décisions robustes, ni surdimensionnées ni tardives. OuiACT accompagne régulièrement des collectivités dans cette étape, en articulant projections climatiques et connaissance fine des enjeux locaux. Dans un prochain article, nous aborderons la priorisation des risques et la construction du plan d'adaptation, où le diagnostic se traduit en mesures concrètes.

PCAET, BEGES, Budget vert : des outils moteurs de transition des territoires ?
Les acteurs interrogés :
- A : Communauté de Communes rurale de Nouvelle-Aquitaine, plus de 50 000 habitants
- B : Agriculteur de Pays de la Loire engagé dans un PAT
- C : Ville de Nouvelle-Aquitaine, plus de 3 500 habitants
- D : Communauté d'Agglomération d'Île-de-France, plus de 250 000 habitants
- E : Communauté d'Agglomération rurale de Pays de la Loire, plus de 50 000 habitants
- F : Communauté d'Agglomération urbaine de Nouvelle-Aquitaine, plus de 150 000 habitants
- G : Agriculteur de Nouvelle-Aquitaine
- H : Maitresse de conférence en science politique, Nouvelle-Aquitaine
- I : Association pour le climat, Charente-Maritime
- J : Chef de projet en stratégie énergie-climat
- K : Ville de Bretagne, plus de 50 000 habitants
- L : Communauté d'Agglomération de Pays de la Loire, plus de 50 000 habitants
1. Trois outils, une trilogie à construire
Les résultats confirment que ces trois instruments ne jouent pas sur le même registre et se renforcent mutuellement quand ils sont articulés. Le BEGES constitue le meilleur point d'entrée dans une démarche de transition : en partant des émissions réelles du patrimoine et des compétences de la collectivité, il produit une prise de conscience concrète et légitime politiquement les investissements climatiques (ex : développement de pistes cyclables, électrification de la flotte de véhicules, etc.). C (ville de Nouvelle-Aquitaine) en témoigne directement que le Bilan Carbone®, puisque certifié, “permet de justifier des dépenses", et pour E (CA rurale de Pays de la Loire), le BEGES représente "davantage une prise de conscience qu'un outil de pilotage."
Le PCAET structure ensuite la politique climatique sur le long terme à l’échelle territoriale, fixe des objectifs chiffrés et crée, par sa phase de concertation obligatoire, des espaces de dialogue entre acteurs qui n'existeraient pas sans lui. F (CA urbaine de Nouvelle-Aquitaine) confirme que le PCAET "met sur la table des sujets divergents" et "ouvre des possibles", tandis que E souligne qu'il "donne une légitimité" aux EPCI pour travailler sur des sujets hors de leurs compétences directes comme l'alimentation ou le foncier agricole.
Le Budget Vert assure enfin la cohérence entre engagements affichés et investissements réels. D (CA d'Île-de-France) le résume avec clarté : "on peut écrire ce qu'on veut, mais l'arbitre ce sont les investissements." Pour K (ville de Bretagne), les colorations budgétaires sont désormais intégrées dans les arbitrages du budget primitif et de la programmation pluriannuelle d'investissement : "l'axe atténuation est rentré dans les usages car présenté plusieurs fois."
Ensemble, ils forment une trilogie logique formulée par D : le BEGES comme regard sur soi, le PCAET comme feuille de route, le Budget Vert comme vérification. L’articulation entre ces 3 outils est nécessaire et montre leur complémentarité.
2. Des outils nécessaires mais dont l'impact dépend des conditions de déploiement
Ces outils ne constituent des moteurs de transition qu'à certaines conditions rarement réunies spontanément. La contrainte réglementaire reste le principal vecteur d'engagement : L (CA de Pays de la Loire) confirme qu'elle "constitue le principal vecteur d'entrée dans les démarches", et H (maitresse de conférence) souligne que "la majorité des EPCI n'aurait pas engagé de démarche sans l'obligation." Mais la contrainte ne suffit pas à produire une politique climatique réelle. J (chef de projet en stratégie énergie-climat) le résume : le PCAET reste "un joli outil sur le papier" quand la collectivité n'est pas déjà avancée dans ses démarches et ne s’en saisi pas concrètement pour agir.
Trois facteurs structurent la variabilité des résultats entre territoires. Premièrement, la disponibilité de ressources humaines et techniques dédiées : A décrit la charge de travail d’un Bilan Carbone® comme "structurellement forte et inappropriée à une seule personne", quand F montre qu'avec plusieurs agents répartis entre directions, "une réelle synergie se forme." Le degré de maturité climatique ensuite : F, dotée d'une culture climat ancienne, s'est immédiatement emparée du PCAET comme outil de structuration, là où d'autres collectivités l'ont d'abord subi comme une contrainte avant de progressivement se l'approprier. Le portage politique enfin, condition unanimement identifiée comme décisive. A le formule sans détour : "il faut un pilote dans l'avion." Sans élu référent convaincu et agent dédié, aucun des trois outils ne produit d'effet durable sur les arbitrages budgétaires et programmatiques. L confirme que lorsque "les élus sont impliqués de manière légère et irrégulière, avec des budgets sous pression, l'action se veut immédiatement limitée."
Sur le Budget Vert spécifiquement, la complexité méthodologique constitue un frein supplémentaire. L'extension prévue à six axes d'analyse préoccupe les collectivités. D alerte : "on a trop complexifié, on devrait avoir deux axes, sinon ils font un budget vert fictif." K converge : "il faut stabiliser la méthode et les axes, bien maîtriser ce que l'on fait avant d'en mettre d'autres, sinon c'est voué à l'échec." La résistance de la direction des finances constitue également un obstacle fréquent : chez D, le Directeur des finances, peu sensibilisé aux enjeux de transition, freine la démarche et laisse les agents de la Direction transition écologique isolés dans l'exercice.
3. La déconnexion avec le monde agricole : un angle mort structurel
Une volonté de l’enquête était de mettre la lumière sur l’aspect agro-environnemental de ces outils, en voici les conclusions. Aucun des trois n'atteint efficacement les agriculteurs, même les plus engagés dans la transition. B (agriculteur de Pays de la Loire) et G (agriculteur de Nouvelle-Aquitaine), dont les pratiques agro-environnementales avancées correspondent précisément aux objectifs visés par les PCAET de leurs territoires, n'ont jamais été contactés dans ce cadre. Comme ils le confirment eux-mêmes, "leur non-implication n'est pas une anomalie, c'est la norme dans des politiques comme celles-ci." B résume la situation : "trop de chefs et pas assez d'indiens", et G pointe une "collectivité loin du terrain, déconnectée de la réalité."
Cette déconnexion ne tient pas à un manque de volonté des collectivités, mais à l'absence de mandats clairs et d'interfaces opérationnelles entre EPCI et exploitants. E l'exprime directement : "quelle légitimité de l'EPCI à donner des conseils aux agriculteurs ? C'est à qui de les accompagner ?" A a pourtant engagé une démarche de taille, avec trois réunions thématiques et 60 exploitants contactés sur 1 500 recensés, mais l'approche descendante partant du plan d'action vers les agriculteurs a produit l'effet inverse : "certains se sont sentis agressés", notamment sur la question du bio.
Le PCAET intègre pourtant un volet séquestration de carbone qui crée théoriquement un pont avec les pratiques agricoles et forestières. Ce potentiel de dialogue reste à ce jour largement inexploité, faute d'interfaces dédiées et d'approches ascendantes partant des pratiques existantes des exploitants.
4. Les leviers pour transformer ces outils en moteurs réels
Face à ces constats, trois niveaux d'action se dégagent.
Au niveau national, passer d'une obligation de moyens à une obligation de résultats est la priorité identifiée unanimement. H le confirme : sans mécanisme de contrôle effectif, "les plans peuvent être adoptés sans jamais être mis en œuvre, et cela n'aura aucune conséquence sur la collectivité." Simplifier et moduler les obligations selon la taille des structures, synchroniser les calendriers des trois outils et clarifier les mandats institutionnels sur le volet agricole compléteraient ce premier niveau d'action.
Au niveau des collectivités, désigner un élu référent et un agent dédié par démarche est la condition la plus structurante. Impliquer la Direction des finances dès la conception du Budget Vert, responsabiliser les services opérationnels dans la collecte du BEGES et adopter une pratique pluriannuelle des outils sont autant de leviers actionnables en interne sans réforme préalable. Sur le volet agricole, créer un poste-interface dédié et adopter une approche ascendante partant des pratiques existantes des exploitants transformerait un potentiel de dialogue inexploité en véritable moteur de transition agro-environnementale.
Au niveau de l'accompagnement enfin, la qualité pédagogique du prestataire fait toute la différence. E en témoigne : "il fallait les intéresser et je pense qu'on a réussi." C confirme que le BEGES a "éveillé les esprits et débridé les échanges entre élus" grâce à une restitution délibérément pédagogique et participative. Les collectivités qui ont transformé leurs diagnostics en programme d'action sont précisément celles dont l'accompagnement a rendu les enjeux accessibles et engageants pour les élus.
5. Conclusion
Ces résultats confirment ce que OuiACT observe quotidiennement dans ses missions : les outils climatiques fonctionnent, mais leur impact dépend autant de la qualité de l'accompagnement que de la réglementation elle-même.
Comme le résume A avec une formule qui guide notre approche au quotidien : "petit à petit ça infuse." La pédagogie et la communication constituent la clé pour une transition réussie. Il est important de mettre un point d’honneur à la formation et la sensibilisation des services pour engendrer des actions et créer une synergie sur nos territoires.
Cet article s'appuie sur les résultats d'une étude qualitative conduite dans le cadre d'un mémoire de fin d'études d'ingénieure agronome (Institut Agro Montpellier, spécialité Territoires, Ressources : Politiques publiques et acteurs), réalisé par Laura Girard en alternance chez OuiACT auprès de 12 acteurs de collectivités françaises.

Comment diffuser la culture climat au sein de mon organisation ?
1. Quatre ateliers pour répondre à quatre questions fondamentales
La multiplication des formats de sensibilisation peut dérouter. Fresque du Climat, atelier 2tonnes, Fresque de la Biodiversité, AdACC... Chacun répond à une question précise et couvre un angle distinct.
La Fresque du Climat : par où commencer sa formation au changement climatique ?
Créée en 2015 par Cédric Ringenbach, ingénieur et ancien directeur de The Shift Project, la Fresque du Climat permet de comprendre le phénomène du changement climatique. Aucune connaissance scientifique préalable n'est requise : l'atelier est au contraire conçu pour l'expliquer. En trois heures de travail collectif, les participant·es reconstituent la chaîne causale du changement climatique à partir des travaux du GIEC. Le format collaboratif encourage les échanges entre pairs, y compris au sein d'un comité de direction ou d'un conseil municipal. À l'issue de l'atelier, le groupe partage un socle commun : ordres de grandeur des émissions, rôle des gaz à effet de serre, lien entre activités humaines et trajectoire de réchauffement. Ce socle scientifique est indispensable pour comprendre l'importance des enjeux.
L'atelier 2tonnes : comment réduire les émissions à l'échelle d'une organisation ?
Une fois le phénomène du changement climatique compris, reste la question de l'action. C'est l'objet de l'atelier 2tonnes, imaginé en 2019 par François Laugier et Pierre-Alix Lloret. Il permet d'explorer les leviers de réduction des émissions à l'échelle individuelle et collective, en simulant des trajectoires de transition jusqu'en 2050. Pour un comité de direction ou un conseil municipal, l'enjeu est précis : comprendre quels postes d'émissions sont réellement actionnables par les décisions de l'organisation, et dans quel délai.
Là où la Fresque du Climat pose le diagnostic, 2tonnes ouvre la phase suivante : identifier les leviers d'action prioritaires et mesurer leur poids réel dans les trajectoires de réduction des organisations.
La Fresque de la Biodiversité : intégrer le vivant dans la décision
Le changement climatique et l'effondrement de la biodiversité sont deux crises qui s'alimentent mutuellement. La Fresque de la Biodiversité permet de cartographier les interdépendances entre les activités d'une organisation et les écosystèmes dont elle dépend. Pour une entreprise, il peut s'agir de ses approvisionnements en matières premières ou de la résilience de ses fournisseurs. Pour une collectivité, de la qualité de ses sols, de ses nappes phréatiques ou de la fonctionnalité de ses espaces arborés en période de canicule. Intégrer cette dimension dans la formation des dirigeant·es, c'est élargir le cadre d'analyse au-delà de la seule vision carbone.
L'AdACC : comment préparer son organisation aux impacts physiques du climat ?
L'Atelier de l'Adaptation au Changement Climatique (AdACC) aborde une question distincte des trois précédentes. Non plus comment réduire les émissions et les impacts, mais comment faire face aux effets d'un dérèglement déjà en cours. L'atelier s'appuie sur une définition du risque construite autour de trois composantes : l'aléa, qui est l'événement climatique lui-même (canicule, inondation, sécheresse…) ; l'exposition, ou la présence de biens, d'activités ou de personnes dans la zone concernée ; et la vulnérabilité, ce qui définit la sensibilité de l'organisation à cet aléa et sa capacité à y faire face. Croiser ces trois dimensions permet aux participant·es d'identifier les vulnérabilités propres à leur organisation, qu'il s'agisse d'infrastructures, de chaînes d'approvisionnement ou de services publics, et de poser les premiers jalons d'une trajectoire d'adaptation.
2. Atténuation, biodiversité, adaptation : trois dimensions qui se complètent
Ces quatre ateliers ne sont pas en concurrence. Ils couvrent ensemble les trois dimensions d'une stratégie climat cohérente : l'atténuation (réduire les émissions), la biodiversité (protéger le vivant et les écosystèmes) et l'adaptation (anticiper les impacts physiques déjà inévitables).
Pour un·e dirigeant·e ou un·e élu·e qui démarre, un ordre de progression existe. La Fresque du Climat pose les fondements scientifiques. L'atelier 2tonnes traduit ces connaissances en leviers d'action sur les émissions. La Fresque de la Biodiversité élargit le périmètre aux dépendances au vivant. L'AdACC, enfin, engage l'organisation dans une réflexion sur ses vulnérabilités à court et long terme. Cette progression n'est pas une obligation rigide, mais elle correspond à une logique pédagogique éprouvée, du plus universel au plus opérationnel.
3. Pourquoi former les instances dirigeantes en priorité ?
Le lieu où se prennent les arbitrages qui comptent
La sensibilisation des équipes opérationnelles est utile. Celle des directions générales et des élu·es est indispensable. C'est au niveau du comité de direction ou du conseil municipal que se votent les budgets pluriannuels, que se valident les plans d'investissement et que se fixent les priorités stratégiques. Un service RSE ou un département environnement isolé ne peut pas engager durablement une organisation si les instances de décision n'ont pas elles-mêmes intégré les enjeux climatiques.
Des données qui plaident pour l'urgence
Du côté des collectivités, le rapport thématique du Haut Conseil pour le Climat d'avril 2026 est sans ambiguïté : dans les Plans Climat-Air-Énergie Territoriaux (PCAET), l'adaptation reste un enjeu moins abordé que l'atténuation, et le diagnostic de vulnérabilité est rarement complété par des mesures concrètes.
Ce retard s'explique en partie par le manque de montée en compétences des élu·es sur ces sujets au moment des arbitrages politiques.
Du côté des entreprises, les impacts sont déjà économiquement mesurés. Le coût moyen des sinistres naturels en France s'élève à 5,3 milliards d'euros par an sur la période 2020-2025, selon l'ADEME.
L'été 2025 a à lui seul coûté 43 milliards d'euros à l'économie européenne, entre vagues de chaleur, sécheresses et inondations.
Ces chiffres traduisent un risque physique qui s'intègre désormais dans les décisions de financement, d'assurance et de stratégie d'entreprise.
Pour aller plus loin
Former ses dirigeant·es au changement climatique n'est pas un investissement « culturel ».
C'est une réelle condition pour éclaire les décisions stratégiques de l’organisation, pour comprendre et anticiper les impacts du changement climatique d’aujourd’hui et de demain.
Ce portage doit toutefois se prolonger au-delà du comité de direction ou du conseil municipal. Si la direction et les élu·es doivent porter le message et engager les premiers arbitrages, la diffusion d'une culture climat à l'ensemble des collaborateurs et des agents reste indispensable pour transformer une décision stratégique en action collective durable.
OuiACT anime l'ensemble de ces ateliers pour les entreprises comme pour les collectivités territoriales et dispose de la certification Qualiopi pour ses actions de formation.

Le Bilan Carbone®, moteur de transformations internes insoupçonnées
1. La collecte, un révélateur de votre donnée interne
La première difficulté rencontrée par les équipes en charge du BEGES est presque toujours la même : les données existent, mais elles sont dispersées. Les consommations énergétiques des bâtiments sont dans un système de gestion technique, les données de flotte chez le responsable du parc automobile, les achats dans le logiciel comptable, les déplacements des agents parfois nulle part. Le premier réflexe consiste à subir cette dispersion. Le bon consisterait à en faire un point de départ.
Profitez de la collecte pour cartographier vos sources de données, direction par direction. Cet exercice, fastidieux la première fois, produit un actif durable : une vision partagée de qui détient quoi, sous quel format, à quelle fréquence. C'est souvent à cette occasion que se révèle un besoin de centralisation qui dépassait largement le carbone, et dont d'autres travaux internes bénéficieront.
Pensez aussi à votre Système d'Information Géographique. Le SIG centralise et cartographie les données territoriales de la collectivité, mais il reste méconnu des directions qui n'en sont pas responsables. Il contient pourtant des informations directement utiles : consommations du patrimoine bâti, localisation et caractéristiques de la flotte, réseaux de distribution. Associer le service SIG à la phase de cartographie fait fréquemment apparaître des données déjà disponibles, que les directions concernées ne soupçonnaient pas, et qu'elles pourront réutiliser bien au-delà du bilan.
Dernier levier, le plus structurant : identifiez des référents par direction et pérennisez le circuit. Si le premier exercice est laborieux, chaque édition suivante allège la charge de la précédente, à condition que la collecte ne reparte pas de zéro. Un BEGES bien organisé transforme un chantier ponctuel en routine outillée. C'est un investissement, pas une dépense.
2. Un exercice qui crée du lien et mobilise les services
Le BEGES est l'un des rares dispositifs qui autorise un service à solliciter légitimement presque toutes les directions. Utilisez ce prétexte. Les réunions de lancement, la collecte et la co-construction du plan de transition sont autant d'occasions de sensibiliser les équipes aux enjeux de la transition bas carbone, en ancrant des objectifs nationaux parfois abstraits dans le quotidien opérationnel des agents. Le degré de maturité des services et des élus doit guider le niveau d'information partagé : un même bilan ne se raconte pas de la même manière à un comité de direction et à un atelier technique.
Encore faut-il que le BEGES ne reste pas prisonnier d'un seul service. Trop souvent, il est porté par la direction de l'environnement ou du développement durable, sans réelle articulation avec les directions opérationnelles. Cette configuration pose deux problèmes. Elle concentre la charge de collecte sur une équipe qui ne produit pas les données. Elle déconnecte les résultats des instances où les décisions se prennent réellement. Les collectivités qui tirent le meilleur parti de leur bilan ont en commun d'avoir institué une gouvernance transversale : un comité de pilotage réunissant les directions clés (finances, patrimoine, ressources humaines, marchés), avec un reporting régulier à la direction générale. Sans ce portage partagé, le BEGES reste un rapport de plus.
Le lien ne s'arrête pas aux murs de la collectivité. Vous déléguez une part de vos compétences (mobilité, traitement des déchets, cycle de l'eau) à des prestataires et à des délégataires. Depuis le décret de 2022, les catégories significatives d'émissions indirectes (scope 3) sont obligatoires, ce qui place mécaniquement ces activités déléguées dans le périmètre du bilan. Saisissez-en l'occasion pour engager le dialogue : des ateliers avec les délégataires de service public, menés sur la base des émissions modélisées, ouvrent des discussions sur des sujets habituellement abordés sous le seul angle budgétaire. Le carbone devient alors un langage commun entre la collectivité et ses partenaires.
3. Des résultats qui arment la décision et l'engagement
Un BEGES bien réalisé révèle des réalités très différentes selon le profil de la collectivité. Pour un département, les postes les plus lourds sont souvent les collèges, la gestion des routes et les transports scolaires. Pour une commune, les écoles, le patrimoine bâti et la flotte municipale concentrent l'essentiel des émissions directes. Pour une région, les transports, les lycées et les politiques d'aménagement dominent. En décomposant chaque poste en sous-postes, le bilan permet de hiérarchiser finement : sur les déchets, par exemple, d'imputer des parts distinctes au traitement, à la collecte ou aux déplacements des usagers en déchèterie. C'est cette granularité qui transforme un constat en feuille de route.
Ne vous arrêtez pas au diagnostic. Depuis le décret de 2022, le plan de transition doit être chiffré et budgété : c'est précisément là que le BEGES cesse d'être rétrospectif pour devenir prospectif. Profitez de la phase de modélisation pour estimer l'impact des projets à venir. Une rénovation de collège, un renouvellement de flotte ou une révision du schéma de restauration collective changent de nature dès lors qu'on les met en regard de leur contribution aux objectifs de réduction inscrits dans le plan. Le bilan devient alors un instrument de comparaison de scénarios, et non un simple compte rendu.
Reste l'étape décisive, celle que beaucoup de collectivités négligent : faire remonter les résultats dans les instances où les arbitrages se prennent. Si le BEGES n'arrive pas à la direction générale, au comité de direction ou à l'assemblée délibérante sous une forme exploitable, il n'influence aucune décision. Présentez-le au même rang que les données financières ou sociales, comme un angle d'analyse complémentaire qui objective les choix d'investissement. C'est à cette condition, et à cette condition seulement, que la donnée environnementale pèse dans l'arbitrage.
Le contexte réglementaire pousse d'ailleurs dans ce sens. Le renforcement introduit en 2022 (scope 3 significatif obligatoire, plan de transition chiffré) et le contrôle accru du respect de l'obligation rendent de moins en moins tenable la posture du bilan déposé puis oublié. Autant prendre les devants et faire de cette contrainte un levier choisi.
Conclusion
Le BEGES n'est pas une fin en soi. Sa valeur tient à ce qu'il permet de faire après sa production : structurer une collecte de données pérenne et lisible par toutes les directions, mobiliser les services autour d'un objet commun, et inscrire les résultats dans les instances où les arbitrages se décident. Cette transformation, du rapport déposé à l'outil de pilotage, repose moins sur des outils sophistiqués que sur une organisation interne claire, des référents identifiés et une gouvernance au bon niveau. La méthode officielle de l'ADEME le rappelle elle-même : le BEGES est avant tout un outil de pilotage interne. Aux services techniques d'en faire un rendez-vous utile plutôt qu'une formalité. Le prochain exercice est l'occasion de commencer.

Budget vert des opérateurs de l’État : pour qui et pourquoi ?
1. D'une taxonomie européenne à une obligation pour les opérateurs de l'État
Toute cotation environnementale publique en France repose sur un même socle : la taxonomie verte européenne. Le règlement européen de 2020 sur l’établissement d’un cadre visant à favoriser les investissements durables (règlement 2020/852 du 18 juin 2020) établit une classification commune aux états membres de l’Union Européenne des activités économiques durables. Ainsi, ce règlement définit six objectifs environnementaux : lutte contre le changement climatique, adaptation à ce dernier, gestion des ressources en eaux, déchets et économie circulaire, lutte contre les pollutions, protection et restauration de la biodiversité. Ce sont aujourd'hui ces six axes qui servent en France de grille de lecture commune, ou prismes d'évaluation, pour qualifier l'impact d'une activité ou d'une dépense sur l'environnement.
C'est cette même grille que la France a mobilisée, dès 2020, pour construire le budget vert de l'État, annexé chaque année au projet de loi de finances. Le rapport sur l'impact environnemental du budget de l'État recense ainsi, mission par mission, les dépenses favorables, défavorables ou neutres pour chacun des six axe de la taxonomie européenne.
La loi de Finances pour 2024 (article 206 de la loi n° 2023-1322 du 29 décembre 2023) étend cette logique aux opérateurs de l'État. La mise en œuvre est graduée sur trois exercices. Pour le budget initial 2026, le périmètre couvre obligatoirement les dépenses d’investissement et de fonctionnement des fonctions support, ainsi que 50 % du volume des crédits métier hors fonctions support. Il s'élargira à 75 % en 2027, puis à la totalité des lignes de dépenses en 2028. Le budget vert prend la forme d'une annexe à la note de l'ordonnateur, présentée à l'occasion du budget initial, puis au rapport de gestion, présenté à l'occasion du compte financier. Sont concernés les opérateurs dont les charges de fonctionnement, hors charges de personnel, dépassent 60 millions d'euros sur la base de compte financier 2024*. L'obligation s'impose donc à un nombre resserré d'opérateurs, mais elle illustre une tendance plus large.
Ce mouvement touche en effet l'ensemble de la sphère publique. Les collectivités territoriales de plus de 3 500 habitants doivent, depuis l'exercice 2024, produire une annexe environnementale à leur compte financier qui concernera à terme les six axes environnementaux de la taxonomie européenne. Opérateurs et collectivités évaluent ainsi leurs dépenses selon les mêmes prismes. Ils poursuivent cependant, comme on le verra, des finalités sensiblement différentes.
*Les modalités d’application de ce seuil pour les exercices suivants seront probablement arrêtées par arrêté ministériel prochainement.
2. Les principes de la méthodologie de cotation
Parce que la méthodologie développée par les ministères de l’économie et de l’aménagement du territoire pour les opérateurs de l’État est différente de ce qui est par exemple aujourd’hui en place pour les collectivités, il est primordial de faire un détour méthodologique.
La cotation des opérateurs s'appuie sur la nomenclature budgétaire par destination, définie par le recueil des règles budgétaires des organismes. Chaque ligne de dépense, détaillée a minima au niveau trois de cette nomenclature par destination, fait l'objet d'une évaluation sur les six axes environnementaux de la taxonomie européenne.
Particularité du budget vert des opérateurs : chaque destination fait l'objet de deux cotations distinctes, l'une par finalité, l'autre par moyens. La cotation par finalité répond à la question du pourquoi : pourquoi engage-t-on cette dépense, quel objectif poursuit-elle ? La cotation par moyens répond à la question du comment : quels moyens matériels sont mobilisés pour la réaliser, et avec quel impact ? La construction d'un bâtiment illustre cette distinction. Sa finalité peut être neutre au regard de la mission qu'elle sert, par exemple pour le cas d’un bâtiment d’enseignement supérieur non lié à l’environnement. Si la construction de ce bâtiment entraine une artificialisation des sols, les moyens de réalisation eux seront cotés défavorable, a minima sur les axes “atténuation au changement climatique” et “biodiversité”.
Ainsi, sur chaque axe, et ce pour la finalité et les moyens, la dépense est qualifiée de favorable, défavorable ou neutre. De cette combinaison découle une cotation globale : favorable si au moins un axe est favorable et les autres neutres, défavorable dans le cas inverse, mixte si des axes favorables et défavorables coexistent, neutre si tous les axes le sont. Certaines dépenses, faute de données ou de consensus scientifique suffisant, restent non cotées : c’est par exemple pour l’instant le cas d’achat de matériel numérique. Les cotations globales par finalité et par moyen ne sont cependant jamais concaténées : la philosophie de la méthode est de laisser la possibilité aux opérateurs de bien identifier et différencier leurs marges de manœuvre.
Chaque cotation est établie par rapport à un scénario contrefactuel, une situation de référence où la dépense n'aurait pas eu lieu, ou aurait été moindre. Cette approche relative distingue par ailleurs le budget vert des opérateurs de celui des collectivités territoriales sur un point de philosophie. Pour les opérateurs, l'exercice vise avant tout à objectiver les pratiques et à faire émerger des leviers d'amélioration interne. Pour les collectivités, l'annexe environnementale s'inscrit davantage dans une logique d'analyse de la cohérence des dépenses avec des objectifs nationaux, tels que ceux fixés par la stratégie nationale bas-carbone pour l’atténuation du changement climatique.
3. Des objectifs divers
Cette obligation s'inscrit d'abord dans une logique de transparence budgétaire, dans la continuité du budget vert de l'État publié depuis 2020. Il ne s'agit toutefois pas de comparer les opérateurs entre eux : leurs missions et leurs moyens sont trop différents pour qu'un tel classement ait un sens. L'enjeu est plutôt, pour chaque opérateur, de suivre sa propre trajectoire d'un exercice à l'autre et d'identifier ses marges de progrès, selon la même philosophie que celle retenue pour les budgets verts des collectivités territoriales.
Au-delà des textes et des documents méthodologiques officiels, un autre bénéfice mérite d'être signalé, sans figurer dans aucune ligne directrice officielle : la mobilisation qu'un tel exercice peut susciter à toutes les strates de l'organisme, de la direction jusqu'aux agents. Après plusieurs années de mise en place, les retours d'expérience des collectivités déjà engagées dans leur budget vert, y compris celles que OuiACT a pu accompagner, convergent sur ce point. Pour un certain nombre d'entre elles, l'implication et la sensibilisation des services ont constitué l'apport le plus tangible de la démarche. De plus, cette mobilisation permet une transversalité rarement vue notamment entre les directions des finances et de l’environnement. Les opérateurs de l'État auraient donc intérêt à saisir cette opportunité, au-delà de la seule obligation réglementaire, pour en tirer un tel bénéfice.
Finalement, comme le souligne lui-même le ministère dans le premier document méthodologique du budget vert opérateur, notons que cette accélération des réglementations de reporting environnemental, en particulier budgétaire, est fortement poussée par les décisions de l’Union européenne. Il semble que la construction du nouveau cadre financier pluriannuel européen érige le fait de ne pas nuire à l’environnement (la fameuse notion “do no significant harm”) comme condition primordiale pour disposer de fonds de l’UE.
4. Conclusion
Le budget vert des opérateurs constitue une nouvelle brique dans l'édifice français de la budgétisation environnementale, engagé depuis 2020 au niveau de l'État et désormais étendu aux opérateurs comme aux grandes collectivités. Sa portée n'est pas de sanctionner ou de comparer, mais d'objectiver, exercice après exercice, l'impact environnemental de la dépense publique et d'éclairer les décisions des conseils d'administration. Pour les opérateurs concernés, l'enjeu des prochains mois est autant méthodologique qu'organisationnel : mobiliser les services métier, documenter les moyens engagés et suivre l’évolution de la coloration de leur budget. OuiACT accompagne régulièrement des organismes publics, opérateurs et collectivités, dans l'appropriation de ces méthodologies de budgétisation environnementale. Nos expert vous aident à dépasser l’obligation réglementaire en vous accompagnant dans la définition d’un budget vert comme outil de pilotage et dans l’appropriation des résultats.

Identifier les aléas climatiques de son territoire : la première étape du diagnostic de vulnérabilité
1. Le contexte national : la France se dote d'une stratégie d'adaptation
1.1 Atténuation et adaptation : deux démarches nécessaires et complémentaires
Réduire les émissions de gaz à effet de serre est indispensable. C'est l'objet de l'atténuation : travailler sur les causes du changement climatique. Mais cette action, aussi ambitieuse soit-elle, ne suffit pas. Une partie du réchauffement est désormais inévitable, quelle que soit la rapidité de la décarbonation de nos sociétés. L'adaptation est ainsi nécessaire pour anticiper les impacts du changement climatique et préparer les territoires, les infrastructures et les populations à y faire face.
Ces deux démarches ne s'opposent pas. Elles se complètent et se renforcent mutuellement. Réduire ses émissions aujourd'hui, c'est limiter l'ampleur des impacts à gérer demain. Pour une collectivité, intégrer les deux dimensions dans sa planification n'est plus une option : c'est une condition de résilience.
1.2 Une prise de conscience progressive : les jalons de l'action française et internationale
L'adaptation climatique n'est pas un sujet récent. Sur le plan international, les premiers signaux ont émergé dès 2001, avec le 3e rapport du GIEC et les Accords de Marrakech (COP7), avant que les COP de Buenos Aires (2004) et de Cancun (2010) n'approfondissent les engagements. Les Accords de Paris, en 2015, ont constitué une étape structurante en inscrivant l'adaptation aux côtés de l'atténuation comme pilier de la réponse mondiale au changement climatique.
En France, la prise de conscience nationale suit une trajectoire parallèle. Dès 2006, le gouvernement publie une première étude sur les impacts climatiques. Le premier Plan National d'Adaptation au Changement Climatique (PNACC 1) est lancé en 2011. Il sera suivi d'un PNACC 2 en 2018, puis d'un PNACC 3 en 2024. En 2023, la France publie la TRACC, Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l'Adaptation au Changement Climatique, inscrite dans le Code de l'environnement en 2026. Ce calendrier traduit une structuration progressive et une accélération récente, au rythme des données observées.
1.3 Le PNACC et la TRACC : deux outils complémentaires
Pour comprendre la stratégie nationale d'adaptation, deux documents sont essentiels. Le PNACC est un document de planification publié tous les cinq ans par le Ministère de la Transition Écologique. Il traduit en actions concrètes le scénario climatique de référence fixé pour la France. En trois générations, son ambition a évolué. Le PNACC 1 (2011-2015) proposait 80 actions autour de scénarios de réchauffement de +2 à +3,5°C d'ici 2100. Le PNACC 2 (2018-2022) a adopté une approche plus transversale et décentralisée, en 58 actions. Le PNACC 3 (2024-2028), élaboré avec des acteurs privés et publics, en comprend 52. La réduction du nombre d'actions ne traduit pas un recul d'ambition : elle reflète une plus grande sélectivité et une orientation résolument opérationnelle.
La TRACC, quant à elle, est le socle scientifique sur lequel s'appuient toutes ces actions. Elle fixe un scénario de réchauffement de référence : +2,7°C en France (hors DOM-TOM) à l'horizon 2050, et +4°C à l'horizon 2100. Ce scénario, basé sur les projections de Météo France et du GIEC, sert de référence commune à l'ensemble des acteurs publics et privés engagés dans une démarche d'adaptation. Ensemble, le PNACC et la TRACC forment le cadre national de référence.
1.4 Ce que le scénario +4°C implique concrètement
Les projections de la TRACC permettent d'anticiper ce qui attend les territoires français. À l'horizon 2050, dans un contexte de +2,7°C, la France connaîtra cinq fois plus de jours de vagues de chaleur qu'aujourd'hui, douze nuits tropicales par an en moyenne, un mois supplémentaire de sol sec par rapport à la période de référence 1976-2005, des pluies intenses renforcées de 10%, aggravant le risque d'inondation, pour ne citer que quelques impacts (Source : Météo France / TRACC, 2023).
Ces évolutions ne seront pas uniformes. Le sud de la France sera davantage exposé aux sécheresses et à l'intensification des épisodes méditerranéens, les zones côtières feront face à la submersion marine, les zones montagneuses verront fondre leur couverture nivale... C'est précisément cette variabilité territoriale qui justifie une analyse à l'échelle locale. Les données nationales fournissent un cadre d'ensemble ; le diagnostic de vulnérabilité territorial en affine la lecture pour chaque collectivité.
À noter : à ce jour, l'adaptation climatique ne constitue pas une obligation réglementaire pour les collectivités territoriales. La démarche repose sur le volontarisme. Mais l'inaction a un coût croissant et plus élevé que l'action préventive, qu'il soit financier, social ou environnemental (Le Monde, 2026 ; RadioFrance, 2026).
2. Le diagnostic de vulnérabilité : de quoi parle-t-on ?
2.1 Objectif et cadre méthodologique
Le diagnostic de vulnérabilité permet d'identifier les impacts du changement climatique propres à un territoire, pour orienter ensuite les actions d'adaptation de la manière la plus pertinente possible. Pour les collectivités françaises, la méthode de référence est la méthode TACCT de l'ADEME (Trajectoires d'Adaptation au Changement Climatique des Territoires). Accessible en autonomie, cette démarche structure en trois temps l'élaboration d'une politique d'adaptation : diagnostiquer les impacts, construire des stratégies d'adaptation, puis évaluer les actions mises en œuvre (Source : ADEME, démarche TACCT).
Le diagnostic s'appuie sur une équation issue du cadre conceptuel du GIEC. L'impact résulte du croisement entre un enjeu et un risque. Ce risque est lui-même le produit d'un aléa multiplié par l'exposition et la vulnérabilité du système concerné. Un impact peut donc être fort si l'aléa est intense, si le territoire y est très exposé ou s'il y est vulnérable. Cette équation oriente toute la démarche : on ne peut pas définir les priorités d'adaptation sans avoir d'abord compris sur quels aléas travailler.
2.2 Les deux grandes étapes du diagnostic
Ainsi, le diagnostic se déroule en deux grandes étapes. La première consiste à identifier les aléas : quels phénomènes climatiques touchent le territoire, avec quelle fréquence, quelle intensité, et comment évoluent-ils sous l'effet du changement climatique ? Cette phase est l'objet du présent article.
La seconde étape porte sur les vulnérabilités et l'exposition : quels enjeux du territoire (populations, infrastructures, services publics, écosystèmes, activités économiques) sont concernés, dans quelle mesure y sont-ils exposés, et quelle est leur capacité d'adaptation face aux aléas identifiés ? Cette phase fait l'objet d'un prochain article.
2.3 Le périmètre de l'étude des aléas
Le périmètre du diagnostic peut être déterminé de deux manières. En effet, premièrement, il peut correspondre au territoire géographique de la collectivité, que ce soit ses limites administratives ou celle d’une collectivité dont elle fait partie. Par exemple, une collectivité fortement dépendante d'une rivière pour son alimentation en eau potable aura intérêt à intégrer le bassin versant correspondant dans son étude, même s'il dépasse ses frontières administratives.
Secondement, la collectivité peut décider de concentrer son analyse sur son patrimoine et ses compétences. En effet, la collectivité peut choisir d'étudier les impacts sur son territoire sur lesquels elle peut agir directement : les espaces verts, les personnes vulnérables, les bâtiments administratives, selon les collectivités.
Ce cadrage initial est une décision stratégique, qui conditionne la pertinence de l'ensemble de la démarche.
3. L'identification des aléas : méthode et application
3.1 Qu'est-ce qu'un aléa climatique ?
Un aléa climatique est un phénomène qui se caractérise selon trois facteurs : son intensité, sa fréquence et le degré d'incertitude qui lui est associé. Il peut être un événement extrême ponctuel comme une inondation par crue par exemple, mais aussi une répartition d'évènements forts dans le temps. Dans ce cas, chaque événement pris isolément peut sembler peu impactant, mais leur répétition fragilise progressivement les systèmes. Un pont peut ainsi être affaibli par une augmentation de la fréquence des crues, sans qu'aucune d'elles ne provoque à elle seule de rupture. Ensuite, une collectivité peut aussi faire face à une combinaison d'aléas : un incendie de forêt qui résulte d'une sécheresse prolongée et d'une canicule, puis se propage sous l'effet de vents violents, en est une illustration. Enfin, un aléa peut s'exprimer sous la forme d'une pression lente : un phénomène progressif, difficile à percevoir au quotidien, aux conséquences cumulatives et souvent irréversibles. La montée du niveau de la mer en est l'exemple le plus emblématique.
On distingue par ailleurs deux catégories d'aléas. Les aléas purement climatiques comprennent la canicule, la vague de froid, la sécheresse, la tempête ou les pluies intenses. Les aléas secondaires, qui en découlent, incluent notamment le retrait-gonflement des argiles qui dépend de la sécheresse des sols, les incendies de forêt, qui sont rendus plus fréquents et intenses à cause de la sécheresse, ou le développement d'agents pathogènes favorisé par des conditions climatiques modifiées. Ces deux catégories doivent être traitées ensemble : les aléas secondaires peuvent être plus dommageables que l'aléa climatique qui les déclenche.
3.2 La méthode en deux sous-étapes
L'identification des aléas dans le cadre d'un diagnostic de vulnérabilité suit une progression méthodique en deux temps.
La première sous-étape est la collecte des données climatiques pertinentes pour le territoire. Plusieurs outils permettent de s'orienter. ClimaDiag Commune, développé par Météo France, fournit des données à l'échelle communale ou intercommunale. Les projections régionalisées de DRIAS (Les Futurs du Climat) permettent d'analyser les tendances à différents horizons temporels selon le scénario de référence retenu. La Base Gaspard recense l'historique des événements climatiques reconnus au titre des catastrophes naturelles, offrant un ancrage factuel dans le temps long. Ces sources, croisées et analysées ensemble, permettent de construire un portrait climatique fidèle du territoire.
Les indicateurs collectés varient selon le type d'aléa. Pour la chaleur, on s'intéresse par exemple au nombre de jours dépassant une température maximale de 35°C et au nombre de nuits tropicales ; pour la sécheresse, à la durée des déficits en eau des sols (indice SWI) et à l'évolution du déficit hydrique ; pour l'inondation, aux cumuls de précipitations quotidiennes remarquables et à l'historique des crues.
Ensuite, la deuxième sous-étape est l'analyse et la représentation de ces données. Une fois collectées, elles font l'objet d'une analyse portant sur la fréquence, l'intensité et les tendances d'évolution de chaque aléa, en distinguant trois horizons temporels : le passé (tendances observées sur plusieurs décennies), le présent (situation actuelle), et le futur (projections à 2030, 2050 et 2100, basées sur le scénario TRACC à +4°C). Les résultats se matérialisent sous forme de graphiques d'évolution temporelle et de cartographies à différents horizons, rendant les données accessibles aux élu·es, aux agent·es et aux parties prenantes du territoire.
3.3 Cas d'étude : l'application avec une collectivité francilienne
Dans le cadre d'un accompagnement mené par OuiACT avec une commune d'Île-de-France, l'analyse des aléas a permis de dresser un portrait climatique précis et circonstancié du territoire. La démarche a couvert l'ensemble des principaux aléas susceptibles d'affecter cette collectivité.
Les crues majeures ont fait l'objet d'une attention particulière, en lien avec la Seine. L'analyse cartographique a mis en évidence l'évolution des zones exposées à différents horizons temporels, offrant aux décideur·ses une représentation concrète de la progression du risque d'inondation sur leur territoire.
De plus, le retrait-gonflement des argiles (RGA) constitue un aléa particulièrement présent en Île-de-France, lié à l'alternance de périodes humides et sèches de plus en plus marquée. Sa cartographie, croisée avec les arrêtés de catastrophe naturelle, a mis en lumière des secteurs où le bâti existant est potentiellement fragilisé, sans que les habitant·es ni les gestionnaires n'en aient nécessairement conscience.
L'analyse des vagues de chaleur a révélé une tendance claire : des épisodes plus longs et plus intenses sur le territoire ainsi qu'une hausse du nombre de nuits tropicales, avec des conséquences directes sur la santé des populations les plus vulnérables, sur les consommations énergétiques et sur la continuité de certains services publics, entre autres.
Ensuite, l'analyse des précipitations a mis en évidence une évolution saisonnière marquée : des étés tendant vers plus de sécheresse, des automnes et hivers plus humides, accompagnée d'une augmentation de l'intensité des épisodes pluvieux. Cette combinaison aggrave à la fois les risques de ruissellement urbain et les risques de retrait-gonflement des argiles. Enfin, le suivi de l'humidité des sols via des indices dédiés a fourni un indicateur clé pour la gestion de la ressource en eau et l'anticipation des risques structurels.
Ce travail a permi de souligner les différences entre communes d'un même territoire en matière d'aléas géographiques tels que les inondations ou le retrait-gonflement des argiles, mais également d'exposition et de vulnérabilité. Recourir aux seules données nationales ne suffit donc pas à éclairer des décisions locales.
4. Quelle utilité concrète pour la collectivité ?
4.1 Dépasser les perceptions pour ancrer la décision dans les faits
L'une des premières valeurs d'un diagnostic des aléas est la construction d'une représentation objective et partagée du changement climatique sur le territoire, qui dépasse les perceptions subjectives. En effet, selon la chercheuse Stéphanie Beucher dans Le risque d’inondation dans le Val-de-Marne : une territorialisation impossible? : "Même lorsque les populations ont conscience du risque, elles le perçoivent comme peu probable et surtout comme peu dommageable (...) par rapport à d'autres risques ou par rapport à d'autres espaces du territoire français." L'analyse rigoureuse des aléas permet de contourner ce mécanisme en ancrant les échanges dans des chronologies documentées et des projections vérifiables.
4.2 Un outil de sensibilisation et de projection collective
L'identification des aléas n'est pas seulement un exercice technique. C'est aussi, en soi, un outil de sensibilisation puissant. Présenter à une assemblée d'élu·es et d'agent·es l'évolution du nombre de jours de canicule attendus d'ici 2100, ou l'extension des zones inondables à l'horizon 2050, provoque des réflexions très concrètes : notre territoire est-il en capacité de faire face à ces scénarios ? Quels sont nos points de fragilité actuels ? Quels services publics seraient les premiers concernés ?
Cette dimension collective est structurante. L'adaptation climatique ne peut pas être portée par une seule direction technique ou par un seul individu convaincu. Elle doit être appropriée par l'ensemble des décideur·ses. L'analyse des aléas crée les conditions de cette appropriation : elle offre un socle de données partagé, accessible et propice à la discussion.
4.3 Le socle du plan d'adaptation
Enfin, l'identification des aléas n'est pas une fin en soi. C'est le premier maillon d'une chaîne méthodologique. On ne peut pas définir de bonnes mesures d'adaptation si l'on ne sait pas précisément à quoi s'adapter, et selon quelles trajectoires d'évolution. Le diagnostic des aléas est le socle sur lequel se construit l'ensemble de la démarche : l'identification des vulnérabilités et des expositions, puis la priorisation des risques, et enfin le plan d'adaptation avec ses mesures concrètes, ses indicateurs et ses horizons temporels.
Conclusion
Pour conclure, la connaissance des aléas climatiques de son territoire est la première condition pour l'adapter de manière cohérente et proportionnée. Cette identification rigoureuse, dans le temps et dans l'espace, permet de sortir du registre du ressenti pour entrer dans celui de la stratégie. Elle offre aux élu·es et aux agent·es les outils pour anticiper, arbitrer et planifier en connaissance de cause.
Le travail mené par OuiACT avec des collectivités l'illustre : chaque territoire présente un profil climatique propre, des expositions spécifiques, des dynamiques singulières. Aucun diagnostic national ne peut se substituer à une analyse localement ancrée pour prendre des décisions à la hauteur des enjeux territoriaux.
Dans un prochain article, nous nous intéresserons à la deuxième étape du diagnostic de vulnérabilité : l'identification des vulnérabilités et de l'exposition des enjeux du territoire. Quelles populations, quelles infrastructures, quelles activités sont concernées, et dans quelle mesure ? C'est là que le diagnostic prend toute sa dimension opérationnelle.

Augmenter son BEGES pour diminuer celui du territoire : étude de cas d'une collectivité
1. La double approche des infrastructures décarbonantes d’un territoire
Cette partie présente un cas d’étude inspiré de l’accompagnement réalisé par OuiACT auprès de la Ville et l’Agglomération de Saint-Nazaire. Toutes les données présentée ici sont cependant fictives.
1.1. Une collectivité face à ses arbitrages climat
Une Communauté d’Agglomération fictive de 100 000 habitants a réalisé son Bilan Carbone®. Le patrimoine et les compétences (bâtiments, achats, déchets, transports) émettent 25 000 tCO₂e par an. Le territoire dans son ensemble (habitants, entreprises, associations) émet 450 000 tCO₂e par an. Pour respecter la trajectoire de la Stratégie Nationale Bas-Carbone territorialisée, la collectivité doit réduire ses émissions territoriales de 5 % par an d'ici 2030.
Parmi les projets structurants étudiés on se penche sur un réseau de chaleur biomasse desservant 5 000 logements actuellement chauffés au gaz ou au fioul. Pour un investissement de 20 millions d'euros, et un amortissement sur 30 ans.
1.2. L'impact double sur le Bilan Carbone® organisationnel (Patrimoine et compétences de la collectivité)
La construction du réseau génère des émissions liées aux infrastructures, à la chaufferie et aux travaux de voirie. Une fois réalisé, le réseau devient un actif immobilisé dans le patrimoine de la collectivité. Les émissions liées à cette immobilisation (fabrication des équipements, matériaux de construction) sont comptabilisées dans le scope 3 du Bilan Carbone® organisationnel, réparties sur la durée d’amortissement de l'infrastructure, soit 30 ans. Cette immobilisation génère environ 500 tCO₂e par an sur toute la période.
Pendant la phase de montée en charge, les émissions d'exploitation augmentent également : travaux de raccordement, fonctionnement provisoire du système, émissions directes de la chaufferie. Ces émissions ajoutent 2 000 tCO₂e par an pendant trois ans. Au total, le Bilan Carbone® patrimoine et compétences passe de 25 000 à 27 500 tCO₂e, soit une augmentation de 10 %.
Cette augmentation, qui perdurera sur la durée de vie du réseau du fait de l'immobilisation, semble incompatible avec la trajectoire de décarbonation. Comment justifier auprès des élus et des citoyens un investissement qui fait augmenter durablement le Bilan Carbone® de la collectivité ?

1.3. L'impact déterminant sur le bilan territorial des émissions
Le réseau de chaleur permet de substituer les énergies fossiles par une source décarbonée pour les 5 000 logements raccordés. Les émissions évitées atteignent 8 000 tCO₂e par an dès la mise en service. Les émissions du territoire passent de 450 000 à 442 000 tCO₂e, soit une réduction de 1,8 % la première année. Sur 30 ans, ce sont plus de 240 000 tonnes de CO₂ évitées.
La trajectoire territoriale est maintenue à -5 % par an, compatible avec les objectifs nationaux. Le bilan net pour le territoire est largement positif dès la première année d'exploitation.
1.4. Le dilemme décisionnel
La collectivité fait face à plusieurs questions. Faut-il renoncer au projet pour ne pas augmenter le bilan organisationnel ? L'augmentation des émissions liée à l'immobilisation et à l'exploitation du réseau apparaîtra dans le Bilan Carbone®réglementaire de la collectivité (BEGES). En revanche, les émissions évitées chez les habitants raccordés ne seront pas visibles dans ce périmètre organisationnel : elles ne concernent pas le patrimoine et les compétences de la collectivité, mais le bilan territoire.
Comment expliquer cette augmentation aux instances décisionnelles alors que l'impact positif ne sera comptabilisé que dans un autre périmètre ? Comment éviter que cet argumentaire serve de justification à l'inaction sur d'autres postes ? Existe-t-il une grille de lecture permettant d'arbitrer de manière rigoureuse entre ces deux dimensions et de valoriser la contribution territoriale sans masquer les efforts nécessaires sur le périmètre organisationnel ?
2. La logique multi-piliers : un cadre pour sortir du paradoxe
2.1. Les trois piliers de la Net Zero Initiative
Développé par le cabinet Carbone 4, le référentiel Net Zero Initiative repose sur un principe : la neutralité carbone n'a de sens qu'à l'échelle planétaire, une organisation ne pouvant pas se déclarer « neutre » mais seulement contribuer à cette trajectoire mondiale.
Ainsi, la Net Zero Initiative propose un cadre structurant les contributions climat en trois piliers distincts. Le pilier A consiste à réduire ses propres émissions directes et indirectes. Le pilier B regroupe les actions contribuant à réduire les émissions des autres acteurs. Le pilier C vise à développer les puits de carbone. Ces trois piliers doivent être menés de front, sans compensation possible entre eux.
2.2. Application à l'échelle territoriale
À l'échelle territoriale, le pilier A correspond à la réduction des émissions du patrimoine et des compétences de la collectivité. Le pilier B regroupe les actions favorisant la décarbonation des habitants, entreprises et usagers des services publics. Le pilier C concerne la séquestration carbone (forêts, sols, agriculture urbaine).
L'électrification d'une flotte de bus illustre une double contribution : l'investissement réduit les émissions directes de la collectivité en remplaçant des véhicules diesel par des véhicules électriques (pilier A) tout en diminuant les émissions des usagers des transports en commun qui bénéficient d'une mobilité décarbonée (pilier B). Les deux piliers progressent en parallèle.
Dans nore collectivité fictive, le réseau de chaleur, illustre une contribution territoriale forte (pilier B) mais qui s’accompagne d’une augmentation des émissions organisationnelles (pilier A) liée à l'immobilisation et à l'exploitation de l'infrastructure. Les 5 000 logements raccordés voient leurs émissions diminuer massivement (pilier B), tandis que le Bilan Carbone® patrimoine et compétences de la collectivité augmente.
Ces deux exemples démontre de la nécessité d’avoir une grille de lecture multi-piliers pour arbitrer de manière rigoureuse. Enfin les collectivités peuvent aussi développer les puits de carbone sur leur territoire. Ce qui est moins faisable du côté des entreprises, celles-ci peuvent plutôt réduire leurs émissions propres tout en développant des solutions bas-carbone pour leurs clients.
2.3. Trois questions pour gérer le paradoxe en pratique
Jusqu'où accepter d'augmenter ses émissions directes ?
Certaines pistes permettent de fixer un seuil d'acceptabilité. : un ratio entre émissions augmentées (pilier A) et émissions évitées (pilier B) suffisant, une durée d'augmentation temporaire, et surtout la trajectoire du bilan territoire doit continuer à décroître conformément à la SNBC.
Comment justifier cela politiquement ?
La transparence constitue la condition essentielle. Il s'agit de produire un double reporting : un graphique montrant l'évolution du pilier A (augmentation temporaire assumée) et un autre montrant l'évolution du bilan du territoire (décroissance maintenue). Le message doit être clair et chiffré et rigoureusement documenté en termes d’émissions évitées avec une méthodologie transparente. La validation externe par un bureau d'études indépendant ou l'ADEME renforce la crédibilité.
Comment mettre en œuvre cette approche de manière rigoureuse ?
L’augmentation des émissions liées à une compétence et bénéfique pour le territoire ne doit en aucun cas dispenser les réductions sur les autres postes. En effet, il convient de maintenir une trajectoire ambitieuse sur le pilier A pour tous les autres postes (bâtiments, achats, énergie, etc.) : l'augmentation liée aux infrastructures décarbonantes ne dispense pas d'agir ailleurs.
Il faut également assumer cette trajectoire, la documenter dans les PCAET et bilans annuels, et de communiquer parallèlement sur l'évolution du bilan territoire qui doit diminuer. Cette approche reflète la réalité des transitions structurantes : les investissements décarbonants produisent des effets à moyen-long terme mais nécessitent une augmentation temporaire des émissions organisationnelles.
Dans cette dynamique, un suivi du calcul des émissions évitées par un tiers expert (bureau d'études indépendant, ADEME) ou par la mobilisation de méthodologies normées (analyse de cycle de vie ISO 14040/14044, méthodologie NZI pilier B) et des hypothèses transparentes (scénario de référence, périmètre temporel, facteurs d'émission, risque de double comptage) constitue un prérequis pour agir de manière rigoureuse :
Focus : Quantifier les émissions évitées
Souvent on parle d’émissions évitées dans ce genre de projet, notamment en amont de sa réalisation.
La quantification repose sur une approche comparative : construire un scénario de référence (sans l'action) et un scénario avec l'action déployée. Et c’est la différence qui permet de calculer les émissions évitées.
Pour un réseau de chaleur : le scénario de référence modélise les émissions des logements s'ils continuaient à être chauffés au gaz ou au fioul. Le scénario avec l'action calcule les émissions liées au réseau biomasse. La différence représente les émissions évitées par le projet.
Les méthodologies mobilisables incluent l'analyse de cycle de vie comparative, la méthodologie NZI pilier B, ou les référentiels sectoriels développés par l'ADEME. La documentation méthodologique et la transparence constituent des garanties essentielles pour la crédibilité de ces calculs.
En effet, le choix des hypothèses posée peut influer de manière drastique sur les émissions considérées comme évitées.
3. Construire une stratégie climat territoriale cohérente
3.1. Articuler les outils de pilotage
Il existe d’autres outils de pilotages et documents directeurs à l’échelle des collectivités pour mettre en marche leur stratégie climat. Le Plan Climat-Air-Énergie Territorial (PCAET) qui constitue le document intégrateur par excellence, regroupe diagnostic territorial, plan d'actions et dispositif de suivi. C’est dans le PCAET que sont suivies les émissions territoriales de GES. Ainsi la mise en place du réseau de chaleur pourrait être unes des actions principales du PACET sur le territoire.
Par ailleurs, d’autres schémas directeurs sectoriels (énergie, mobilité, aménagement) fournissent les leviers opérationnels, ou encore la trajectoire SNBC territorialisée offre une référence pour fixer des objectifs cohérents avec l'échelle nationale.
La complémentarité de ces outils permet de construire une vision globale adossée à une trajectoire de référence, tout en assurant un suivi organisationnel via le bilan carbone patrimoine et compétences et le bilan carbone territoire.
3.2. Grille d'arbitrage pour les infrastructures décarbonantes
Les arbitrages stratégiques nécessitent des critères opérationnels. Ainsi, la mise en perpective des émissions augmentées (pilier A) et émissions évitées (pilier B) constitue le premier critère. Le coût-efficacité carbone (investissement divisé par tonnes de CO₂ évitées sur la durée de vie) doit être cohérent. La temporalité compte : dans combien de temps l'action porte-t-elle ses fruits ? L'acceptabilité sociale et politique est essentielle : l'action est-elle comprise et soutenue ?
Pour notre Communauté d’Agglomération fictive : pilier A de 25 000 tCO₂e avec objectif -40 % en 2030, pilier B de 9 000 tCO₂e évitées par an (réseau de chaleur, bus électriques, installations solaires), pilier C de 3 000 tCO₂e séquestrées par an (forêts, sols agricoles). La transparence impose de rapporter séparément ces trois piliers, sans compensation.
3.3. Points de vigilance
Plusieurs points méritent attention. Le risque de double comptage existe si plusieurs acteurs revendiquent les mêmes émissions évitées (collectivité et entreprise locale développant un réseau de chaleur). Les méthodologies de quantification comportent des zones grises notamment sur choix du scénario de référence, hypothèses sur l'évolution du mix énergétique. D’ou l’intérêt de se faire accompagner ou d’utiliser des méthodologies normées.
Le cadre réglementaire du Bilan Carbone® Patrimoine et Compétence valorise principalement le pilier A, sans reconnaissance formelle du pilier B. Le PCAET prend en compte ce pilier B et le mets en avant. Toutefois les rôles et accents mis par ces documents peuvent parfois créer un décalage entre communication réglementaire et communication stratégique. La transparence méthodologique et la validation externe constituent les meilleurs garde-fous pour éviter les accusations de greenwashing.
Conclusion
Construire une stratégie climat territoriale cohérente nécessite de dépasser la seule comptabilité des émissions directes. Les collectivités doivent articuler réduction organisationnelle (pilier A) et contribution territoriale (pilier B), en s'appuyant sur des outils complémentaires et des grilles d'arbitrage rigoureuses. Cette approche multi-piliers permet d'assumer des investissements structurants tout en maintenant transparence méthodologique et trajectoire de décarbonation territoriale compatible avec les objectifs nationaux.
OuiACT accompagne régulièrement les collectivités dans la structuration de stratégies climat territoriales intégrant diagnostic multi-échelles, grilles d'arbitrage et indicateurs de pilotage adaptés aux enjeux de chaque territoire.

Réemploi des matériaux de construction : enjeux et opportunités pour les territoires
1. Les enjeux du réemploi dans la construction : ce que le territoirire a à y gagner
1.1 Un levier d'économie circulaire locale à part entière
Le réemploi des matériaux de construction, qui consiste à récupérer des éléments issus d’un chantier (portes, cloisons, briques etc.) pour les utiliser à nouveau, sans les transformer en déchets ni les recycler, produit des effets qui vont bien au-delà de la simple réduction des volumes de déchets. En maintenant les matériaux en circulation à l'échelle locale, il crée les conditions d'une économie de proximité : les flux de matériaux qui partaient vers l'enfouissement ou le recyclage lointain peuvent alimenter des acteurs locaux (ressourceries du bâtiment, artisans spécialisés dans la dépose soignée, plateformes de redistribution, etc.) qui transforment ces gisements en ressources accessibles et peu coûteuses pour d'autres maîtres d'ouvrage. Le résultat est une réduction des achats de matériaux neufs et une moindre dépendance aux matières premières importées.
Sur le plan environnemental, l'impact est également significatif. Éviter la production d'un matériau neuf, c'est éviter les émissions de CO₂, associées à son extraction, et la pression sur les ressources. Ainsi, pour les collectivités engagées dans un Plan Climat-Air-Énergie Territorial (PCAET), le réemploi constitue ainsi un levier de réduction des émissions indirectes du territoire, souvent les plus difficiles à atteindre.
1.2 Un potentiel de création d'emplois non délocalisables
Le réemploi est par nature une activité ancrée dans le territoire : la dépose soignée des matériaux, leur transport, leur reconditionnement, leur stockage et leur redistribution ne peuvent pas être délocalisés. Les études menées dans le cadre de projets territoriaux montrent que la structuration d'une filière locale de réemploi génère des emplois dans des secteurs qui recrutent : le BTP, la logistique et l'économie sociale et solidaire. Ces emplois s'adressent à des profils variés, y compris peu qualifiés, et s'inscrivent dans une dynamique d'insertion professionnelle que les collectivités peuvent soutenir directement via leurs marchés publics.
En ce sens, la filière réemploi rejoint les objectifs portés par les clauses sociales d'insertion et les Programmes Locaux pour l'Insertion et l'Emploi (PLIE), offrant un débouché concret à des chantiers d'insertion dans le secteur du bâtiment.
1.3 Un cadre réglementaire qui crée de nouvelles obligations et de nouvelles opportunités
Deux dispositifs issus de la loi AGEC (n°2020-105 du 10 février 2020) structurent aujourd'hui le paysage réglementaire du réemploi dans la construction.
Le premier est le diagnostic PEMD (Produits, Équipements, Matériaux et Déchets), instauré par le décret n°2021-821 et applicable depuis le 1er juillet 2023. Il remplace l'ancien diagnostic déchets avant démolition et impose désormais aux maîtres d'ouvrage d'identifier, en amont de toute démolition ou rénovation significative de plus de 1 000 m², les matériaux susceptibles d'être réemployés, réutilisés ou recyclés, et de préconiser les filières adaptées.
Le second est la filière REP PMCB (Responsabilité Élargie du Producteur pour les Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment), opérationnelle depuis 2023. Quatre éco-organismes agréés déploient des appels à projets (mentionnés ci-dessous) pour soutenir les chantiers de réemploi, des soutiens aux opérateurs locaux et la création de zones de réemploi sur les points de reprise. Pour une collectivité, disposer d'un diagnostic territorial à jour est un avantage direct pour répondre à ces appels à projets et positionner des acteurs locaux comme partenaires prioritaires des éco-organismes.
2. Le diagnostic territorial : de quoi s'agit-il et comment se déroule-t-il ?
2.1 Une étude stratégique à l'échelle du territoire
Le diagnostic PEMD mentionné plus haut est un outil opérationnel, centré sur un bâtiment ou un projet précis. Le diagnostic territorial en est la déclinaison stratégique, menée à l'échelle d'un bassin de vie, d'une intercommunalité ou d'un département. Son objectif est de cartographier l'ensemble des gisements potentiels de matériaux issus des opérations de construction, démolition et rénovation présentes et à venir sur le territoire, et de les confronter aux structures déjà existantes ou aux besoins structurels auxquels il faut répondre.
Il ne s'agit pas de superposer un outil de plus aux démarches existantes, mais de produire la connaissance qui manque pour que les ambitions affichées dans les documents de planification (PCAET, PLPDMA, SRADDET) se traduisent en actions concrètes et mesurables.
2.2 Les grandes étapes de la démarche
Une démarche complète s'articule autour de six phases. Elle commence par un cadrage rigoureux : définition du périmètre, cartographie des parties prenantes (services techniques, opérateurs du BTP, acteurs de l'ESS, éco-organismes) et mise en place de la gouvernance. Vient ensuite l'analyse des gisements, qui quantifie et qualifie les matériaux susceptibles d'être réemployés à horizon de cinq à dix ans — démolitions programmées, réhabilitations lourdes, projets d'aménagement — en croisant données de planification et entretiens de terrain. Selon la disponibilité des données, cette phase peut passer par l'étude de chantiers types : des opérations représentatives du territoire sont analysées en détail pour estimer les volumes et la nature des matériaux mobilisables, leur état, leurs conditions de dépose et leur valeur potentielle. Ces chantiers servent de base de calcul pour extrapoler les gisements à l'échelle de l'ensemble du territoire et identifier les typologies de bâtiments ou d'opérations les plus porteuses pour le réemploi.
La troisième étape dresse un état des lieux de l'offre locale : quelles structures (ressourceries, plateformes, artisans spécialisés) sont en capacité d'absorber ces gisements, et où se situent les maillons manquants ? L'analyse des freins et leviers qui suit hiérarchise les potentiels de développement et identifie des solutions concrètes, en s'appuyant notamment sur les pratiques déjà éprouvées ailleurs. Ces éléments alimentent ensuite l'élaboration de scénarios et d'un plan d'actions co-construit avec les parties prenantes. La dernière phase définit les modalités de suivi et de gouvernance pour assurer la mise en œuvre effective des actions retenues.
2.3 Les outils concrets pour la collectivité
À l'issue de l'étude, la collectivité dispose d'une carte de flux des matériaux à l'échelle de son territoire, d'une estimation des volumes réemployables par famille de matériaux, d'un état des acteurs présents et des manques, ainsi que d'un programme d'actions priorisées avec des indicateurs de suivi. Ces livrables constituent une base documentaire solide pour engager des partenariats locaux, formuler des objectifs mesurables dans les documents stratégiques et répondre aux appels à projets des éco-organismes de la REP PMCB.
Pour faciliter la mise en relation des acteurs au-delà de la phase d'étude, OuiACT a développé un outil en ligne permettant à l'ensemble des parties prenantes de la filière — collectivités, maîtres d'ouvrage, opérateurs du BTP, structures de l'ESS — de signaler les gisements de matériaux disponibles ou de faire connaître leurs besoins. Cet outil vise à fluidifier les échanges entre offreurs et demandeurs de matériaux à l'échelle du territoire, condition nécessaire pour que le réemploi passe du diagnostic à la pratique.
2.4 Quels financements mobiliser ?
Plusieurs dispositifs permettent de couvrir tout ou partie du coût d'un diagnostic territorial.
L'ADEME propose, dans le cadre de son dispositif de soutien aux études et diagnostics pour le réemploi-réutilisation et la réparation (RRR hors emballages), une aide pouvant atteindre 80 % du coût de l'étude pour les structures éligibles. Ce dispositif est ouvert dans toutes les régions métropolitaines.
Plusieurs régions ont par ailleurs développé leurs propres mécanismes, souvent en partenariat avec l'ADEME. Par exemple, en Grand Est, le programme CLIMAXION (ADEME, Région Grand Est, FEDER) propose chaque année un appel à projets BTP dédié à la réduction et la valorisation des déchets, dont un volet spécifique au réemploi des matériaux ; l'Eurométropole de Metz en a bénéficié en 2024 pour financer une étude de structuration de filière à hauteur de 70 000 €.
Conclusion
Le réemploi des matériaux de construction est l'un des leviers les plus directs dont disposent les collectivités pour réduire l'empreinte environnementale de la construction sur le territoire, dynamiser leur économie locale et créer des emplois non délocalisables. Le cadre réglementaire, porté par la loi AGEC et la REP PMCB, crée désormais les conditions pour que cette ambition se concrétise. Le diagnostic territorial est l'outil qui transforme cette intention en stratégie documentée.
OuiACT accompagne les collectivités et leurs groupements dans la conduite de diagnostics territoriaux de valorisation et de réemploi, du cadrage initial à la co-construction du plan d'actions, en articulant chaque étape avec les outils de planification environnementale du territoire. Notre approche repose sur la mise en relation systématique avec les acteurs qui connaissent le territoire : développeurs économiques, syndicats de gestion des déchets, opérateurs du BTP, structures de l'ESS. C'est de ce réseau que vient la connaissance fine des filières et des pratiques locales, condition pour que les conclusions du diagnostic débouchent sur des projets réellement opérationnels.

Bilan Carbone® des musées : que mesurer ?
1. Un exercice à la structure d'émissions singulière
Le Bilan Carbone® est une méthode développée à l'origine par l'ADEME, dont la marque est aujourd'hui déposée par l'Association pour la Transition Bas Carbone (ABC). Pour les établissements publics de plus de 250 agents soumis à l'article L. 229-25 du Code de l'environnement, il sert généralement de support à la production du BEGES, le livrable réglementaire. La frontière reste claire : le Bilan Carbone désigne la méthodologie, le BEGES, l'obligation réglementaire qui en découle.
Le secteur muséal a vu émerger en quelques années un écosystème structurant. ICOM France a lancé en 2024 un projet de Référentiel Carbone soutenu par le ministère de la Culture, qui vise à concevoir un outil de mesure d'empreinte réplicable pour le réseau, à partir d'un panel de quinze musées. En parallèle, le ministère a fixé l'objectif que 100 % de ses établissements disposent d'un bilan carbone de moins de trois ans à fin 2025, et engagé un chantier sur une norme d'éco-conception des expositions.
La répartition des émissions d'un musée se distingue nettement de celle d'une entreprise tertiaire ou industrielle. Selon le guide du ministère de la Culture, la mobilité des publics compte en moyenne pour 65 à 90 % des émissions des structures culturelles. Le Louvre indique sur son propre site que 99 % de son empreinte carbone est attribuée à la venue des visiteurs, sur un total de l'ordre de 4 millions de tonnes de CO2 equivalent. Universcience (Cité des sciences et Palais de la découverte) avance, dans le cadre de son projet d'abri à vélos, que 89 % de ses émissions proviennent des déplacements des visiteurs. Le scope 1 (combustion directe) et le scope 2 (énergie achetée) ne représentent donc qu'une part minoritaire, à l'inverse des secteurs traditionnellement scrutés.
Le taux de conformité à l'obligation BEGES reste pourtant faible : selon l'évaluation 2018 de l'ADEME, seuls 26 % des établissements publics obligés étaient en conformité. Pour les directions, ce constat ouvre une fenêtre : produire un bilan de qualité positionne aujourd'hui une institution en avance sur sa filière.
2. La mobilité, premier poste à instruire avec méthode
Le déplacement des visiteurs constitue le premier défi méthodologique. Les données ne relèvent pas de la comptabilité interne : elles supposent une enquête de provenance, des hypothèses de répartition modale et l'application des facteurs d'émission de la Base Empreinte de l'ADEME. La précision finale dépend de la qualité de cette enquête, du nombre de répondants et de la représentativité du panel.
Le poste est par ailleurs asymétrique. Une part minoritaire de visiteurs internationaux arrivés en long-courrier peut peser autant, voire davantage, que l'ensemble des autres postes. Cela crée une tension : un poste dimensionnant figure dans le périmètre, alors que les leviers d'action de l'institution restent indirects. Ce point doit être objectivé en amont de la restitution, sous peine que le bilan soit lu comme un constat plutôt que comme un outil de pilotage.
OuiACT accompagne notamment un grand réseau de musées parisiens dans la construction de son bilan visiteurs. La démarche s'appuie sur les enquêtes de provenance menées par l'établissement, complétées par des hypothèses modales bâties à partir d'études du secteur du tourisme, puis par des règles d'allocation différenciées selon les groupes de provenance : un visiteur francilien voit 100 % de son trajet imputé au musée, là où un visiteur intercontinental n'en porte qu'une fraction, calée sur la durée moyenne de séjour et le nombre de musées visités. Cette granularité permet de produire un poste mobilité robuste sans faire porter à l'institution la responsabilité de trajets qu'elle n'a pas générés seule.
Le transport des œuvres mêle plusieurs composantes : fret routier ou aérien des biens, déplacement des convoyeurs (souvent en avion), retours à vide, prestations spécialisées. Les facteurs d'émission de la Base Empreinte distinguent les modes (routier, aérien, ferroviaire, maritime) en kg CO2 eq par tonne.kilomètre. Pour un musée produisant plusieurs expositions temporaires par an, l'écart entre une comptabilisation détaillée (mode, distance, masse, retour) et un calcul moyen peut être notable. L'enjeu méthodologique est de tracer ces choix dans le bilan, afin que les efforts soient comparables d'une édition à l'autre.
3. Les achats d'exposition, angle mort des bilans culturels
Les expositions temporaires représentent une part importante de la dépense matérielle d'un musée : scénographie, cimaises, mobilier, vitrines, éclairage, signalétique. Chacun de ces éléments mobilise des matériaux (bois, métal, plâtre, textiles, plastiques) et des procédés dont l'empreinte se cumule sur quelques mois d'exposition. Le rythme soutenu de programmation amplifie l'effet. À ces éléments s'ajoute le poste des caisses de transport, à la fois consommatrices de matériaux techniques (bois, mousses, isolants) et génératrices d'emballages dont le réemploi reste contraint par les exigences de conservation préventive.
La plupart des bilans recourent, pour les achats, aux facteurs d'émission monétaires de la Base Empreinte (en kg CO2 eq par euro dépensé). C'est rapide à déployer mais peu différenciant : deux musées dépensant le même montant pour leurs expositions affichent une empreinte achats comparable, quelle que soit la nature des matériaux. Les facteurs monétaires lissent les efforts d'éco-conception et créent une incitation faible à les valoriser. Le passage à des données physiques (kg de bois, m² de plaques, masse de matériaux) reste l'horizon de référence. Il suppose une collecte plus exigeante, en lien direct avec les régisseurs et scénographes. C'est précisément l'un des chantiers du Référentiel Carbone d'ICOM France.
Conclusion
Le Bilan Carbone d'un musée n'est pas un exercice mécanique : il appelle des conventions documentées, des arbitrages explicites et une lecture sectorielle des facteurs d'émission. La mobilité des publics, le fret d'œuvres et les achats d'exposition forment le cœur des enjeux, là où l'énergie joue un rôle plus marginal. La qualité du bilan se mesure moins au chiffre final qu'à la robustesse du périmètre et à sa capacité à éclairer les décisions de direction.
Une fois ce socle méthodologique posé, la question devient celle des leviers : comment activer, à partir d'un bilan robuste, des actions de réduction adaptées à la nature muséale des émissions, du tarif mobilité à l'éco-conception des expositions en passant par la sensibilisation des publics ? Ce sera l'objet d'un prochain article. À mesure que le Référentiel Carbone d'ICOM France et la future norme d'éco-conception des expositions structureront la filière, l'exigence sur la transparence méthodologique et la traçabilité des leviers ira croissant. OuiACT accompagne les institutions culturelles dans la construction de ces bilans, en privilégiant les données physiques aux facteurs monétaires lorsque la maille des achats le permet.

Comment réaliser un Bilan Carbone® en tant que bailleur social ?
1. Pourquoi réaliser un Bilan Carbone® pour les bailleurs sociaux ?
1.1. Un secteur clé pour la transition énergétique
Les bailleurs sociaux évoluent dans un cadre réglementaire de plus en plus contraignant. La Stratégie Nationale Bas-Carbone fixe des objectifs ambitieux pour le secteur du bâtiment : réduire de 87% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050 par rapport à 2013, et disposer d'un parc entièrement rénové aux normes bâtiment basse consommation d'ici cette échéance. Pour y parvenir, un objectif fixé par la SNBC consisterait à opérer des rénovations lourdes sur 500 000 logements, chaque année entre 2017 et 2025.
Sur le plan réglementaire, les bailleurs sociaux employant plus de 500 salariés sont soumis à l'obligation de réaliser un Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre tous les quatre ans, conformément à l'article L.229-25 du Code de l'environnement. Le décret tertiaire impose également des objectifs de réduction de consommation énergétique pour les bâtiments du secteur tertiaire, renforçant la pression sur les gestionnaires de patrimoine. La loi Climat et Résilience ajoute une dimension coercitive : l'interdiction progressive de la mise en location des passoires thermiques, avec un calendrier échelonné entre 2025 et 2028.

Enfin, la loi Zéro Artificialisation Nette impose une division par deux du rythme d'artificialisation des sols d'ici 2030 et un objectif d'absence totale d'artificialisation nette à l'horizon 2050. Ce cadre réglementaire impose aux bailleurs sociaux de repenser leurs stratégies patrimoniales et d'arbitrer entre construction neuve, rénovation et densification.
1.2. Des méthodologies adaptées au secteur
La méthodologie Bilan Carbone®, coordonnée par l'ADEME et l'Association Bilan Carbone, permet de quantifier l'ensemble des émissions directes et indirectes liées aux activités des bailleurs sociaux. Le périmètre d'étude intègre les quatre grandes catégories d'activités des bailleurs sociaux : l'exploitation du patrimoine existant, la construction de logements neufs, la rénovation du parc et les fonctions support. Pour chaque activité, les postes d'émissions sont structurés de manière à identifier les sources prioritaires : consommations énergétiques, immobilisations de bâtiments, achats de biens et services, déplacements ou encore déchets.
Pour harmoniser les périmètres et hypothèses réalisés et faciliter la comparabilité des résultats entre les exercices, des méthodologies spécifiques au secteur du logement social ont émergé pour structurer la démarche de comptabilité carbone.
Cette structuration méthodologique permet aux bailleurs sociaux de disposer d'une photographie carbone complète et d'identifier les leviers de décarbonation les plus efficaces en fonction de leur contexte patrimonial spécifique.
2. Les principaux postes d'émission des bailleurs sociaux
Les Bilans Carbone® réalisés auprès des bailleurs sociaux révèlent une répartition des émissions concentrée sur quelques postes majeurs. La compréhension fine de ces sources permet d'orienter les stratégies de réduction de manière cohérente et priorisée. Ces principales solutions ont été recensées en 2023 dans un guide publié par L'Union Sociale pour l'Habitat.
2.1. L'exploitation des bâtiments : un enjeu lié à la décarbonation du mix énergétique
L'exploitation du parc de logements existants représente environ deux tiers des émissions totales des bailleurs sociaux. La majeure partie de ces émissions provient des consommations d'énergie nécessaires au chauffage et à la production d'eau chaude sanitaire. Le gaz fossile demeure le mode de chauffage dominant dans le parc social, avec des facteurs d'émission environ 5 fois supérieur au facteur d’émission de l’électricité française.
La sortie des énergies fossiles constitue le levier prioritaire pour réduire les émissions liées à l'exploitation du parc. Les bailleurs sociaux doivent engager le remplacement massif des chaudières gaz et fioul par des systèmes décarbonés : électrification massive, pompes à chaleur, raccordement à des réseaux de chaleur alimentés par des énergies renouvelables, chaudières biomasse ou solaire thermique. Depuis juillet 2022, l'installation de chaudières au fioul est d’ailleurs interdite dans les bâtiments neufs et en remplacement, sauf impossibilité technique, avec un seuil d'émissions fixé à 300 g CO2e/kWh.
Le développement de la production locale d'énergie renouvelable offre également des perspectives intéressantes : installation de panneaux photovoltaïques en toiture, production de biogaz via méthanisation ou participation à des communautés énergétiques territoriales. Ces solutions permettent de maîtriser les coûts énergétiques pour les locataires tout en contribuant à la décarbonation du mix énergétique national.
2.2. La construction neuve : un engagement carbone sur 50 ans
La construction de logements neufs représente en moyenne un quart des émissions annuelles des bailleurs sociaux. Ce poste présente une particularité majeure : les émissions associées à la construction d'un bâtiment sont immobilisées sur toute sa durée de vie, généralement estimée entre 40 et 50 ans. Construire aujourd'hui engage donc des émissions qui seront amorties jusqu'en 2070 ou 2080, bien au-delà de l'objectif de neutralité carbone fixé à 2050.
Les bailleurs sociaux peuvent optimiser l'usage du foncier, avec de la densification du bâti existant et la limitation de l'artificialisation des sols, qui s'inscrivent tous les deux dans la trajectoire imposée par la loi ZAN. En construisant des bâtiments à énergie positive, en végétalisant les espaces non bâtis ou en développant des projets mixtes intégrant logements, commerces et services, les bailleurs sociaux ont l’occasion de diminuer les émissions associées à la construction de bâtiments. Ces approches participent à la création de quartiers résilients, adaptés aux futures conditions climatiques et aux évolutions des modes de vie.
L'évolution des réglementations thermiques et environnementales successives permettent aussi de réduire significativement l'impact carbone des constructions neuves. La RT2012, puis la RE2020 entrée en vigueur en janvier 2022, intègrent des seuils de performance énergétique et carbone qui diminuent progressivement les émissions de gaz à effet de serre liées aux matériaux de construction, aux systèmes énergétiques et à la phase d'usage. La RE2020 introduit notamment une analyse en cycle de vie qui prend en compte les émissions sur l'ensemble de la vie du bâtiment, incitant à l'utilisation de matériaux bas carbone et à la conception bioclimatique.
Anticiper les futures exigences réglementaires en dépassant les seuils minimaux constitue une stratégie pertinente pour sécuriser la performance environnementale à long terme et limiter l'engagement carbone futur.
2.3. La rénovation du patrimoine : un enjeu lié à l’exploitation des bâtiments
La massification de la rénovation énergétique reste le chantier majeur des années à venir. L'objectif de disposer d'un parc 100% bâtiment basse consommation en 2050 impose un rythme de rénovation soutenu et des niveaux de performance élevés. Le guide de l'Union sociale pour l'Habitat distingue les rénovations performantes de type BBC, qui permettent d'atteindre des consommations conformes aux exigences 2050. Par ailleurs, entreprendre des rénovations très performantes pour obtenir des bâtiments passifs ou issus du mouvement EnergieSprong permet d’aller au-delà en garantissant un confort optimal et des charges maîtrisées.
Si la rénovation génère des émissions à court terme, elle permet en revanche de réduire durablement les consommations énergétiques du parc, générant ainsi des économies d'émissions sur plusieurs décennies. L'arbitrage entre rénovation performante par étapes et rénovation globale doit intégrer cette dimension temporelle pour maximiser l'efficacité carbone des investissements. Cette approche nécessite néanmoins une planification rigoureuse pour éviter les incompatibilités techniques et les surconsommations intermédiaires. La contractualisation de la performance énergétique avec les entreprises et les exploitants permet de sécuriser les résultats attendus et de garantir la maîtrise des charges pour les locataires.
2.4. Matériaux sobres et circularité
L'utilisation de matériaux biosourcés et géosourcés permet de réduire l'empreinte carbone des constructions neuves et des rénovations tout en développant une filière locale et créatrice d'emplois. Le bois, la paille, le chanvre, la terre crue ou encore la ouate de cellulose stockent du carbone atmosphérique et présentent des impacts environnementaux réduits par rapport aux matériaux conventionnels.
L'économie circulaire offre également des leviers significatifs : réemploi de matériaux issus de déconstruction, utilisation de béton bas carbone intégrant des granulats recyclés, diagnostic “Produits Équipements Matériaux Déchets” avant démolition pour valoriser les ressources. L'industrialisation des processus de construction et de rénovation, via la préfabrication ou la standardisation, permet également de réduire les déchets de chantier et d'améliorer la qualité d'exécution.
2.5. Autres leviers d'action : la fonction support et le levier des occupants
Les fonctions support représentent une part minoritaire des émissions globales, généralement en dessous de 5%. Bien que minoritaire en volume, ce poste revêt une dimension d'exemplarité. Les bailleurs sociaux peuvent mobiliser leurs équipes internes autour d'actions concrètes de réduction, comme la mutualisation des déplacements, ou bien la sobriété numérique. Cette mobilisation interne constitue également un levier de sensibilisation et d'acculturation aux enjeux climatiques, préparant les transformations plus structurantes sur le patrimoine bâti.
Au delà de la réduction des émissions interne au bailleur, il est possible de passer par le comportement des occupants des logements : la sensibilisation et l'accompagnement des locataires aux éco-gestes constituent un complément indispensable aux investissements techniques. La maîtrise des températures de chauffage, l'optimisation des consommations d'eau chaude ou encore l'entretien régulier des équipements permettent de réduire de 10 à 20% les consommations énergétiques sans investissement lourd.
Les bailleurs sociaux font aussi partie de ces organisations qui ont la possibilité de décarboner d’autres acteurs de la transition : par exemple, en installant des bornes pour véhicules électriques et des équipements pour vélos, un bailleur social peut faciliter le changement de mode de transport des habitants des logements. Il s’agit d’un levier important, même si ces actions ne viendront pas en soi diminuer le Bilan Carbone du bailleur social.
Conclusion
La réalisation d'un Bilan Carbone® permet aux bailleurs sociaux de quantifier précisément leurs émissions et d'identifier les leviers de décarbonation prioritaires. L'exploitation du parc existant concentre environ deux tiers des émissions, principalement liées aux consommations de gaz fossile, tandis que la construction neuve engage un quart des émissions sur plusieurs décennies. Les solutions techniques existent pour répondre à ces enjeux : rénovation performante, décarbonation du mix énergétique, matériaux sobres et sensibilisation des locataires. La réussite de la transition repose désormais sur la détermination des acteurs et sur la mobilisation des budgets nécessaires pour massifier ces transformations. OuiACT accompagne régulièrement les bailleurs sociaux dans la réalisation de Bilans Carbone® conformes aux référentiels sectoriels et dans la construction de trajectoires de décarbonation et la définition de plans d'action opérationnels adaptés aux contraintes patrimoniales et financières.